Politique

Washington et Téhéran au Bord de l'Accord, Mais les Bombes Continuent de Tomber au Liban.

Par — Chroniqueur Makaya Enfo
Washington et Téhéran au Bord de l'Accord, Mais les Bombes Continuent de Tomber au Liban.

Jour 106 de la Guerre en Iran : Washington et Téhéran au Bord de l'Accord, Mais les Bombes Continuent de Tomber au Liban

Quatre-vingt-seize jours de destruction, de diplomatie et de tension maximale. Ce samedi 13 juin, la guerre la plus déstabilisatrice du XXIe siècle pour le Moyen-Orient entre dans son 106e jour avec un paradoxe saisissant : les deux belligérants principaux, les États-Unis et l'Iran, n'ont jamais été aussi proches d'un accord de paix. Pourtant, au Liban, les frappes israéliennes sur le Hezbollah continuent sans relâche, menaçant de faire s'effondrer tout l'édifice diplomatique si laborieusement construit.Comment Tout a Commencé : Le 28 Février 2026

Pour comprendre la situation du jour 106, il faut revenir à l'origine. Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis ont lancé une série de frappes aériennes coordonnées sur l'Iran, une opération baptisée Opération Epic Fury. Parmi les cibles : le cœur du régime iranien. L'ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique depuis 1989, a été tué lors de ces attaques. Des dizaines d'autres hauts responsables militaires et politiques ont péri dans les premières heures.

La réponse iranienne a été immédiate et massive : des centaines de missiles balistiques, des milliers de drones lancés contre Israël, des bases américaines dans tout le Moyen-Orient et des pays alliés des États-Unis dans la région. L'Iran a également pris une décision économiquement dévastatrice : fermer le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Cette seule décision a provoqué des chocs pétroliers en cascade, des pénuries de carburant en Asie et des effets économiques planétaires encore visibles aujourd'hui.

Le 2 mars, le Hezbollah au Liban — allié indéfectible de Téhéran — est entré dans le conflit, lançant missiles et drones vers le nord d'Israël. Une nouvelle guerre dévastatrice pour le Liban a commencé.


La Longue Route vers un Accord

Le Cessez-le-Feu d'Islamabad (8 avril)

Après cinq semaines de combats intenses, le Pakistan a endossé le rôle de médiateur inattendu. Le 8 avril, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif annonçait triomphalement depuis Islamabad que les États-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs s'étaient mis d'accord sur un cessez-le-feu immédiat, couvrant en théorie "tous les fronts, y compris le Liban". Les négociations devaient s'ouvrir dans la capitale pakistanaise.

Mais la trêve n'a tenu qu'en partie. Les pourparlers d'Islamabad ont rapidement tourné court. Israël a refusé d'intégrer le Hezbollah dans l'accord, estimant que la guerre en Iran et la guerre au Liban étaient deux dossiers distincts. Pour Téhéran, cette distinction était inacceptable : impossible de signer la paix tant que des bombes continuent de tomber sur les alliés iraniens au Liban.

Les Semaines de Fièvre Diplomatique

Entre avril et juin, la diplomatie s'est emballée. Le Qatar a pris le relai du Pakistan comme médiateur central. Les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et le Japon ont tous envoyé des émissaires. Un accord-cadre a commencé à prendre forme autour d'un mémorandum d'entente (MoU) en 14 points.

Le 1er juin, un accord de cessez-le-feu au Liban semblait sur le point d'être conclu : Israël s'engageait à ne plus cibler les banlieues sud de Beyrouth, le Hezbollah s'engageait à ne plus attaquer Israël. Mais dès les premières heures suivant l'annonce, les deux parties lançaient de nouvelles frappes.


Ce que Disent Washington et Téhéran ce 13 Juin

Ce samedi, le ton est à l'optimisme prudent des deux côtés, même si les messages restent parfois contradictoires.

Du côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré ce matin que l'accord avec Washington n'avait "jamais été aussi proche", précisant que le mémorandum d'entente est désormais finalisé "dans ses grandes lignes". Il a publiquement demandé aux médias de cesser de spéculer sur les détails du document "dans l'attente de sa finalisation", reconnaissant ainsi indirectement que des fuites avaient eu lieu dans la presse iranienne.

Araghchi a également proclamé la "victoire stratégique" de l'Iran dans ce conflit — une déclaration destinée à l'opinion publique iranienne, pour justifier les pertes humaines et économiques considérables subies depuis 106 jours. Il a précisé que Téhéran défend ses intérêts "sans dépendre de personne pour sa sécurité".

Du côté américain, Donald Trump a d'abord fustigé l'Iran pour avoir prétendument divulgué des détails confidentiels des négociations à ses médias d'État, qualifiant ces informations de "fake news". Puis, quelques heures plus tard, il a re-partagé le message d'Araghchi sur sa plateforme Truth Social — un geste diplomatique ambigu qui signale néanmoins qu'il ne rejette pas les avancées iraniennes.

Le vice-président JD Vance a été plus direct, affirmant que si l'Iran respecte ses obligations, "les bénéfices économiques afflueront vers eux et vers toute la région". Il a ajouté que cet accord "a le potentiel de refaire la région et de mener à une paix durable".


Ce que Contient le Mémorandum d'Entente en 14 Points

Selon les éléments filtrés par les médias iraniens et confirmés partiellement par des responsables américains, le MoU comprend plusieurs volets majeurs :

1. Cessez-le-feu sur Tous les Fronts, y Compris le Liban

C'est le point central de friction. L'Iran insiste pour que tout accord inclue la fin des opérations israéliennes au Liban et le retrait des forces israéliennes de l'ensemble du territoire libanais. Israël refuse catégoriquement : son ministre de la Défense Israel Katz a réaffirmé ce vendredi que son pays ne se retirera pas du Liban, ni de la Syrie, ni de Gaza, ni de la Cisjordanie.

2. Réouverture du Détroit d'Ormuz

L'une des priorités absolues pour les États-Unis et l'économie mondiale. L'Iran accepte la réouverture, mais Araghchi a précisé que le détroit "ne fonctionnera pas comme avant la guerre" : Téhéran entend percevoir des "frais de service" — pas des péages à proprement parler, mais une forme de reconnaissance de la souveraineté iranienne sur ces eaux stratégiques.

3. Levée du Blocus Naval et des Sanctions Pétrolières

En échange de la coopération iranienne sur le détroit, Washington s'engage à lever le blocus naval imposé sur les ports iraniens et à suspendre les sanctions pétrolières.

4. Déblocage de 24 Milliards de Dollars d'Avoirs Gelés

C'est le volet économique crucial. Téhéran réclame la libération de ses avoirs gelés à l'étranger — estimés à 24 milliards de dollars. Selon la presse iranienne, 12 milliards seraient débloqués dès la signature, le reste dans les 60 jours. Washington conditionne toutefois toute libération d'actifs à des vérifications préalables, refusant de remettre l'argent avant que l'Iran ait démontré sa bonne foi.

5. Négociations Nucléaires sur 60 Jours

Le MoU ouvrirait une période de 60 jours de négociations formelles sur le programme nucléaire iranien. La position américaine, confirmée par un haut responsable de l'administration Trump, est claire : Iran devra démanteler son programme nucléaire, détruire et exporter ses stocks d'uranium hautement enrichi, et accepter des inspections internationales à long terme. Téhéran, de son côté, affirme n'avoir accepté aucun transfert d'uranium enrichi hors du pays, et ne considère acceptable que la dilution de ses stocks sur son propre territoire.

6. La Question des Proxies et du Hezbollah

Washington exige que l'Iran cesse définitivement de financer et d'armer ses groupes proxy dans la région. C'est un point que Téhéran accepte difficilement sur le plan symbolique, même si la guerre a considérablement réduit ses capacités à soutenir ces forces.


La Question du Liban : Le Nœud Gordien

Si les négociations États-Unis / Iran semblent progresser, le front libanais reste le problème le plus épineux et le plus meurtrier.

Depuis le début du conflit, le Liban a payé un prix humain et matériel catastrophique. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées dans le sud du pays. Plus d'un sixième de la population libanaise a fui sa maison depuis la reprise des hostilités en mars. Les frappes israéliennes ont touché des infrastructures civiles, des ponts, des hôpitaux de campagne. Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné, la semaine dernière, la mort d'un casque bleu serbe de la FINUL, le septième tué depuis qu'Israël a intensifié ses frappes début mars.

Le Hezbollah lui-même est dans une position contradictoire. Affaibli militairement depuis 2024 — lorsqu'Israël avait décapité sa direction — il a néanmoins repris le combat en mars 2026 pour soutenir l'Iran après l'assassinat de Khamenei. Aujourd'hui, son chef a publiquement rejeté les termes du cessez-le-feu proposé entre le gouvernement libanais et Israël, tandis que Trump affirmait dans la même journée avoir eu des échanges téléphoniques avec les deux parties. Un double discours qui reflète parfaitement la complexité du dossier.

L'armée américaine, de son côté, reste activement engagée : ce samedi, le CENTCOM a annoncé avoir abattu plusieurs drones iraniens qui tentaient de cibler des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz. Officiellement, le détroit reste ouvert à la navigation.


Trump : La Sortie de Guerre comme Enjeu Politique

La pression intérieure sur Donald Trump est considérable. La guerre en Iran a eu des répercussions économiques tangibles pour les Américains ordinaires : prix de l'énergie en hausse, instabilité des marchés, perturbation des chaînes d'approvisionnement. Sur le plan politique, la Chambre des représentants a rejeté jeudi dernier — par 324 voix contre 92 — une résolution démocrate qui aurait contraint le président à retirer les forces militaires américaines du Liban dans les sept jours.

Mais la pression ne disparaît pas pour autant. L'économie iranienne tourne à près de 70 % d'inflation annuelle en temps de guerre, mais l'économie mondiale souffre également de la fermeture du détroit. Le G7, qui se réunit la semaine prochaine, a placé la question de l'accord irano-américain en tête de son agenda.

Des analystes politiques à Washington estiment que Trump cherche avant tout une "porte de sortie" qui lui permette de présenter l'accord comme une victoire américaine totale, justifiant les mois de campagne militaire et diplomatique. Signer un MoU en Europe, en présence de JD Vance, ce week-end — l'option est sur la table — constituerait un symbole fort.


L'Iran d'Après Khamenei : Un Nouveau Leadership en Construction

La mort d'Ali Khamenei a créé un vide de pouvoir inédit. Son fils, Seyyed Mojtaba Khamenei, est apparu dans des rassemblements populaires à Téhéran au cours des dernières semaines, brandissant les drapeaux iraniens aux côtés de portraits de son père et de lui-même. Sa désignation officielle comme nouveau Guide suprême n'a pas encore été formalisée.

Cette transition fragilise la capacité de décision iranienne : qui peut réellement signer un accord au nom de la République islamique ? Araghchi, le ministre des Affaires étrangères, parle. Mais la légitimité finale doit venir du Guide suprême. C'est l'une des raisons pour lesquelles le MoU reste "jamais si proche" mais toujours pas signé.


Le Détroit d'Ormuz et l'Économie Mondiale

L'enjeu économique mondial est immense. Le détroit d'Ormuz est le point de passage obligé de 20 à 21 % du pétrole mondial et d'environ 30 % du gaz naturel liquéfié mondial. Sa fermeture — même partielle, même théorique — a suffi à faire grimper les prix de l'énergie, peser sur les économies asiatiques et révéler la fragilité des chaînes d'approvisionnement mondiales.

La réouverture complète et sécurisée du détroit est donc autant une condition économique qu'une condition politique pour clore le conflit. C'est précisément pour cela que des pays comme le Japon, la Corée du Sud, l'Inde et la Chine suivent les négociations d'aussi près que les États-Unis eux-mêmes.


Les Points de Blocage qui Subsistent

Malgré l'optimisme ambiant, plusieurs dossiers restent ouverts :

Le sort de l'uranium enrichi est le point le plus technique et le plus symbolique. L'Iran possède des stocks d'uranium enrichi à 60 %, voire à 90 % selon certaines estimations. Washington exige leur destruction ou leur exportation. Téhéran n'accepte que leur dilution sur place, considérant tout transfert comme une capitulation inacceptable pour l'opinion publique iranienne.

Le calendrier du déblocage des avoirs divise les deux parties. L'Iran veut l'argent avant ou dès la signature. Les États-Unis refusent de payer avant des preuves concrètes de respect des engagements.

La question israélienne reste explosive. Netanyahu a déclaré ce vendredi que "tant qu'il sera Premier ministre, l'Iran n'aura pas d'armes nucléaires". Israël presse également les États-Unis de ne pas débloquer les avoirs iraniens. Washington se retrouve dans la position délicate de devoir gérer à la fois son partenaire stratégique israélien et les impératifs de l'accord avec Téhéran.

L'avenir du Hezbollah reste une ligne de fracture fondamentale. Sans un accord crédible sur le désarmement du Hezbollah et un retrait israélien du Liban, la paix dans la région restera illusoire.


Que Faut-il Attendre dans les Prochains Jours ?

Le scénario le plus probable pour les jours à venir tourne autour de trois possibilités.

Le premier est la signature du MoU ce week-end en Europe, avec JD Vance représentant Washington. Ce serait le scénario le plus optimiste, qui marquerait officiellement la fin de la phase militaire directe entre les États-Unis et l'Iran, même si les combats au Liban se poursuivraient à court terme.

Le second est un report de quelques jours lié aux désaccords persistants sur l'uranium et les avoirs gelés. Les négociations continueraient en marge du G7 la semaine prochaine.

Le troisième, et le plus sombre, serait un effondrement des pourparlers provoqué par une frappe israélienne majeure au Liban qui franchit une ligne rouge pour Téhéran. Iran pourrait alors reprendre ses opérations contre Israël, emportant dans son sillage le fragile équilibre diplomatique.


Ce que Cette Guerre a Changé pour Toujours

Même si un accord est signé dans les prochaines heures, rien ne sera comme avant. La mort de Khamenei recompose l'identité politique de l'Iran. La démonstration de vulnérabilité de ses défenses aériennes, révélée dès la Guerre des Douze Jours de juin 2025, puis confirmée en février 2026, change les équilibres de puissance régionaux.

Le Liban, lui, paye depuis des décennies le prix de n'être qu'un théâtre de guerre pour des puissances qui ne se battent pas sur leur propre sol. Ses civils, ses hôpitaux, ses ponts, sa mémoire : tout cela a de nouveau été brisé.

Le Moyen-Orient de l'après-guerre sera différent. La question est de savoir si ce qui le remplacera sera plus stable — ou simplement différemment instable.

Fonte: Makaya enfo

Auteur

Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo

Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.

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