Politique

Un juge fédéral fait tomber les restrictions de Trump sur l'immigration légale visant 39 pays.

Par — Journaliste Makaya Enfo
Un juge fédéral fait tomber les restrictions de Trump sur l'immigration légale visant 39 pays.

Vendredi 5 juin 2026, le juge en chef John McConnell du Rhode Island a déclaré illégales toute une série de mesures de l'administration Trump qui bloquaient, depuis des mois, les demandes d'asile, de permis de travail, de carte verte et de naturalisation pour des ressortissants de dizaines de nations."

Un juge fédéral fait tomber les restrictions de Trump sur l'immigration légale visant 39 pays

Providence, Rhode Island — 5 juin 2026. Nouveau revers judiciaire pour la Maison Blanche. Le juge en chef du tribunal fédéral de district du Rhode Island, John McConnell Jr., a invalidé vendredi une série de politiques adoptées par les services américains de citoyenneté et d'immigration (USCIS) à l'encontre des ressortissants de 39 pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et du Moyen-Orient. Sa conclusion est sans appel : ces restrictions sont illégales.

« Une situation juridique indéterminée » pour des milliers de personnes

Depuis plusieurs mois, les ressortissants de ces 39 pays se retrouvaient dans ce que le juge McConnell a qualifié lui-même de « limbes juridiques indéterminés » : leurs dossiers — demandes d'asile, permis de travail, cartes vertes, naturalisations, renouvellements de statut — étaient suspendus sans perspective de traitement. Des gens vivant légalement aux États-Unis, respectant toutes les procédures, se voyaient soudainement privés de toute décision sur leur avenir.

Dans sa décision, le magistrat a été particulièrement sévère à l'égard de l'USCIS, l'accusant de justifier ses actions par des impératifs de « sécurité nationale » qui ne sont, selon lui, que des prétextes pour dissimuler des préjugés anti-immigrés. Il a notamment cité un message publié sur le réseau social X par Kristi Noem, alors secrétaire à la Sécurité intérieure, dans lequel elle recommandait au président Trump une « interdiction d'entrée totale pour les ressortissants de chaque satané pays ».


L'attentat de novembre 2025, prétexte à une vague de restrictions

Pour comprendre l'origine de ces mesures, il faut remonter à novembre 2025. Un ressortissant afghan, Rahmanullah Lakanwal — qui a plaidé non coupable — aurait abattu une militaire de la Garde nationale à Washington D.C. L'administration Trump a immédiatement saisi l'incident pour justifier une offensive législative d'ampleur contre l'immigration en provenance de ce qu'elle a désigné comme des « pays du Tiers-Monde ».

L'USCIS a alors adopté, en cascade, une série de mesures restrictives :

  • Suspension totale du traitement des demandes d'asile, toutes nationalités confondues
  • Gel de l'attribution de permis de travail, cartes vertes et procédures de naturalisation pour les ressortissants des 39 pays ciblés
  • Lancement d'une révision systématique de tous les avantages migratoires accordés sous la présidence Biden aux personnes originaires de ces nations

Ces 39 pays ont été constitués en trois vagues successives. Les douze premiers — Afghanistan, Birmanie, Tchad, Congo, Guinée équatoriale, Érythrée, Haïti, Iran, Libye, Somalie, Soudan et Yémen — étaient déjà visés par une interdiction d'entrée depuis juin 2025. Sept autres — Burundi, Cuba, Laos, Sierra Leone, Togo, Turkménistan et Venezuela — faisaient l'objet de restrictions de visas depuis la même date. Vingt pays supplémentaires ont ensuite été ajoutés en décembre 2025, pour atteindre le total de 39.

La formule qui restera : « Le hasard de leur naissance »

La décision du juge McConnell, nommé sous la présidence de Barack Obama, s'impose autant par sa rigueur juridique que par la force de ses mots. Il y rappelle d'abord un paradoxe fondamental : les personnes visées étaient précisément celles qui avaient choisi de respecter la loi, d'emprunter les voies légales, de faire les choses « dans les règles ».

« Ce tribunal se souvient d'une formule souvent répétée dans les débats sur l'immigration : si des personnes souhaitent immigrer aux États-Unis, elles doivent "respecter la loi" et "faire les choses dans les règles". Cette affaire en est l'illustration parfaite. »

Il a ensuite tranché sur la responsabilité individuelle des immigrants touchés :

« Le gel des décisions de l'USCIS ne peut être attribué à quoi que ce soit de répréhensible de leur part. Il découle uniquement du hasard de leur naissance. »

Cette formule — le hasard de leur naissance — résume toute l'absurdité d'une politique qui punit des individus non pour leurs actes, mais pour leur pays d'origine.


Une victoire pour Democracy Forward et les plaignants

L'action en justice avait été portée par l'organisation Democracy Forward, représentée par sa présidente et directrice générale, Skye Perryman, qui a salué la décision comme la réaffirmation d'un principe fondamental.

Elle a souligné que ces politiques avaient causé « un préjudice énorme aux familles, aux travailleurs, aux demandeurs d'asile et aux communautés à travers le pays », et que le jugement vient rappeler que le gouvernement fédéral ne peut pas, de son propre chef, fermer les voies d'immigration légales ni discriminer les individus en fonction de leur pays de naissance.

Le juge McConnell a ordonné la reprise immédiate du traitement des dossiers par l'USCIS.

Depuis janvier 2025, les politiques migratoires de Trump ont subi une série de revers devant les tribunaux fédéraux.


Un énième revers judiciaire pour l'administration Trump

Cette décision s'inscrit dans une longue série de défaites judiciaires que l'administration Trump accumule depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025. Qu'il s'agisse de l'interdiction du droit du sol, des expulsions accélérées, du gel des naturalisations ou des restrictions de visas, les tribunaux fédéraux ont systématiquement opposé une résistance aux mesures les plus radicales de la politique migratoire trumpienne.

Le fait que le juge McConnell ait non seulement invalidé les restrictions spécifiques aux 39 pays, mais également remis en question le gel généralisé de l'asile pour toutes les nationalités, élargit considérablement la portée de sa décision. C'est l'architecture même de la réponse post-attentat de l'administration qui se trouve fragilisée.

L'administration Trump devrait, selon toute vraisemblance, faire appel de cette décision.


Ce que change concrètement ce jugement

Pour les personnes directement concernées, l'impact est immédiat et potentiellement déterminant :

Les demandeurs d'asile originaires des 39 pays vont voir leurs dossiers réactivés. Les titulaires de visas à durée limitée qui risquaient de se retrouver en situation irrégulière faute de renouvellement traité à temps échappent à ce risque immédiat. Les procédures de naturalisation et de citoyenneté suspendues doivent reprendre. Les permis de travail gelés doivent à nouveau être traités.

C'est, pour des centaines de milliers de personnes vivant légalement sur le territoire américain, la fin — provisoire, tant que l'appel n'est pas tranché — d'une attente insoutenable.


« Le gouvernement fédéral ne peut pas fermer les voies d'immigration légales ni discriminer les personnes en fonction de leur origine. Ces politiques illégales ont causé un préjudice énorme aux familles, aux travailleurs, aux demandeurs d'asile et aux communautés à travers le pays. »

— Skye Perryman, présidente de Democracy Forward

Fonte: Makaya Enfo

Auteur

Makaya Enfo — Journaliste Makaya Enfo

Journaliste culture et société. Couvre les événements artistiques et culturels du continent.

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