NEW YORK — Mai 2026. Dans les couloirs du siège des Nations Unies, une nouvelle dynamique est à l'œuvre. Après l'adoption du Pacte pour l'avenir en septembre 2024 — l'un des accords multilatéraux les plus ambitieux de l'histoire récente — la communauté internationale entre désormais dans une phase critique : celle de la mise en œuvre. Et les signaux qui émergent en ce début d'année 2026 suggèrent que ce tournant pourrait bien redéfinir durablement l'ordre mondial.
Un Pacte, trois accords, un cap commun
Le Sommet de l'avenir, tenu au siège de l'ONU à New York, a débouché sur l'adoption du Pacte pour l'avenir, accompagné de deux annexes majeures : le Pacte numérique mondial et la Déclaration sur les générations futures. Selon le Secrétaire général António Guterres, ces trois accords « marquent un tournant vers un multilatéralisme plus efficace, plus inclusif et fonctionnant plus en réseaux ».
Si l'enthousiasme autour du Pacte est réel, il ne masque pas les tensions profondes qui traversent l'organisation. Dans le chaos du monde, peu de débats de fond se tiennent à l'ONU sur l'avenir de l'institution. Les responsables de l'administration américaine ont appelé à un recentrage de l'ONU sur sa « vocation originelle » de maintien de la paix et de la sécurité, tandis que des représentants de pays non occidentaux craignent qu'un tel recentrage ne relègue au second plan les objectifs de développement économique.
Ce clivage, loin d'être nouveau, s'est accentué dans un contexte géopolitique marqué par la multiplication des conflits régionaux, la montée des tensions commerciales et le retrait progressif de certaines grandes puissances des mécanismes de coopération multilatérale. L'ONU, qui célébrait son 80e anniversaire en 2025, doit aujourd'hui démontrer qu'elle peut se réinventer sans se renier.
L'intelligence artificielle, chantier prioritaire
Parmi les enjeux les plus urgents figure la régulation de l'intelligence artificielle. Le Pacte numérique mondial comprend le premier accord véritablement mondial sur la réglementation internationale de l'IA, reposant sur l'idée que la technologie doit profiter à tous. Il encourage les collaborations et les réseaux pour accroître les capacités d'IA des pays en développement. Les gouvernements sont également tenus de former un groupe scientifique mondial impartial sur l'IA et d'entamer une conversation internationale sur la gouvernance de l'IA au sein de l'ONU.
En parallèle, l'ONU alerte sur les risques d'une utilisation non encadrée de l'intelligence artificielle dans la publicité, rappelant que plus de 1 000 milliards de dollars sont dépensés annuellement dans ce secteur. Un signal fort qui illustre l'urgence de doter la communauté internationale d'outils juridiques contraignants face à l'essor fulgurant des technologies numériques.
Le climat, ligne rouge de la coopération mondiale
La question climatique demeure l'épreuve de vérité du multilatéralisme onusien. Les États membres se sont engagés à mener la transition vers une économie plus juste et plus équitable en abandonnant les combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, et à accélérer les actions au cours de cette décennie pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.
Des échéances ambitieuses, mais dont la crédibilité repose sur la volonté politique des grandes nations émettrices. Le Kazakhstan, par exemple, a annoncé qu'il accueillerait en 2026 le premier Sommet régional sur le climat sous les auspices de l'ONU, témoignant de l'engagement croissant de régions jusqu'ici peu visibles sur la scène climatique internationale.
Des réformes institutionnelles en suspens
Au-delà des textes adoptés, c'est la réforme structurelle de l'ONU qui concentre les attentes les plus profondes. Le Président finlandais Alexander Stubb a jugé que le Pacte pour l'avenir démontre que l'ONU fonctionne, tout en soulignant un paradoxe de notre époque : un glissement vers un désordre multipolaire qui compromet la réalisation des Objectifs de développement durable. Il a plaidé pour l'élargissement du Conseil de sécurité, la suppression du droit de veto et la suspension du droit de vote d'un membre du Conseil qui violerait de manière flagrante la Charte des Nations Unies.
Des propositions audacieuses, mais qui se heurtent à la réalité des rapports de force entre membres permanents.
Un pari sur l'avenir
Comme l'a souligné António Guterres, « ce qui détermine notre succès – ou échec – n'est pas l'adoption d'accords, mais bien nos actions et leur impact ». Le Pacte pour l'avenir ne se contente pas de répondre aux crises actuelles, mais pose les bases d'un nouvel ordre pacifique pour tous les pays.
En mai 2026, à mi-chemin entre les grandes promesses de septembre 2024 et les échéances climatiques et numériques de la décennie, l'heure est au bilan d'étape. Les mots ont été posés. Les engagements, signés. Il reste désormais à l'humanité la tâche la plus difficile : agir.
fonte: ME Hayti