L'or au plus haut depuis trois mois : ce que le marché du métal précieux dit des craintes sur l'Iran et sur l'économie américaine.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
NEW YORK — 25 août 2026
L'or a atteint, ces derniers jours, son plus haut niveau depuis plus de trois mois, porté par un dollar affaibli, de nouvelles sanctions américaines contre l'Iran et une incertitude croissante sur la trajectoire de la politique monétaire américaine. Le métal jaune s'échangeait lundi autour de 4 640 dollars l'once, son niveau le plus élevé depuis la mi-mai, après un gain de plus de 5 % la semaine précédente. Ce regain d'intérêt pour une valeur refuge traditionnelle reflète un faisceau de tensions convergentes, entre guerre au Moyen-Orient et doutes sur la gestion économique de l'administration Trump.
Ce que montrent les chiffres du marché
Le cours de l'or au comptant a atteint 4 677 dollars l'once mardi, son niveau le plus élevé depuis plus de trois mois, tandis que les contrats à terme sur l'or dépassaient les 4 700 dollars, également à leur plus haut niveau depuis autant de temps. Selon la banque singapourienne UOB, l'or serait en passe de connaître son meilleur mois depuis septembre 1999, avec une progression de plus de 15 % depuis le début du mois d'août. L'argent a suivi une trajectoire similaire, franchissant pour la première fois depuis la mi-juin le seuil des 70 dollars l'once.
Cette flambée s'inscrit toutefois dans une année 2026 marquée par d'importants soubresauts sur le marché de l'or. Le métal avait atteint un sommet historique, supérieur à 5 000 dollars l'once — un record en termes réels depuis dix ans — au tout début de l'année, avant de reculer de près de 18 % au cours des mois suivants, dans un contexte de marché jugé difficile à anticiper par de nombreux investisseurs. Le rebond actuel marque donc un retour en grâce du métal précieux après un été resté largement atone.
Le rôle du dollar et de la politique du Trésor américain
Le principal moteur immédiat de cette hausse reste la faiblesse du dollar américain, qui évolue actuellement à des niveaux plancher sur plusieurs mois. Cette faiblesse s'explique en grande partie par l'annonce récente du département du Trésor américain d'intensifier ses rachats d'obligations d'État à long terme, une mesure qui a eu pour effet de peser sur les rendements obligataires et, par ricochet, sur la devise américaine. Un dollar plus faible rend mécaniquement l'or, coté en dollars, plus abordable pour les investisseurs détenant d'autres devises, ce qui alimente la demande et pousse les prix à la hausse.
Le facteur Iran : de nouvelles sanctions et des négociations dans l'impasse
Sur le plan géopolitique, la situation autour de l'Iran continue de peser lourdement sur les marchés. Washington a qualifié les nouvelles sanctions économiques déployées cette semaine contre les partenaires commerciaux de Téhéran de « plus grande offensive financière jamais organisée ». Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a averti qu'au moins une institution financière majeure pourrait être sanctionnée dans les prochains jours, précisant que la Chine ne bénéficierait d'aucune exemption particulière à ce dispositif.
Ce durcissement intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran, engagées depuis plusieurs mois pour tenter de mettre fin à la guerre déclenchée fin février 2026, restent au point mort. La demande formulée par le président américain d'une compensation financière de la part de l'Iran continue de compliquer les perspectives d'un accord, entretenant un climat d'incertitude qui pousse une partie des investisseurs vers des valeurs refuges comme l'or.
Le facteur monétaire : une Réserve fédérale sous surveillance
Autre élément déterminant pour les investisseurs : l'incertitude entourant la trajectoire future des taux d'intérêt américains. Contrairement aux anticipations qui prévalaient encore fin 2025, lorsque les marchés tablaient sur une série de baisses de taux, la probabilité d'une hausse des taux lors de la réunion de la Réserve fédérale de septembre est désormais évaluée à environ 36 à 40 % par les investisseurs, contre 60 à 64 % de probabilité d'un statu quo, selon l'outil FedWatch du CME Group.
Cette incertitude s'inscrit dans un contexte de renouvellement à la tête de la banque centrale américaine, désormais présidée par Kevin Warsh, dont le discours attendu vendredi lors du symposium de Jackson Hole sera scruté de près par les marchés, tout comme la publication mercredi de l'indice des prix des dépenses de consommation personnelles (PCE) de juillet, l'un des indicateurs d'inflation privilégiés par la Fed. Cette double échéance cristallise l'attention des investisseurs sur la question centrale du moment : la banque centrale américaine devra-t-elle, face aux risques inflationnistes liés notamment à la hausse des prix de l'énergie, ralentir le rythme de son assouplissement monétaire, voire relever ses taux, ce qui pèserait mécaniquement sur l'attrait de l'or, actif non rémunérateur par nature.
Le facteur commercial : de nouvelles tensions tarifaires
À ces incertitudes s'ajoute un climat commercial international tendu. Le Canada a annoncé samedi son intention d'imposer des tarifs douaniers sur certains produits américains, en réponse aux droits de douane de 50 % décrétés par le président Trump sur les produits canadiens, après l'échec des négociations commerciales entre les deux pays voisins. Cet épisode illustre la persistance de tensions commerciales multiples menées par l'administration américaine sur plusieurs fronts simultanément, un facteur d'incertitude économique supplémentaire pour les investisseurs.
Une demande officielle des banques centrales toujours soutenue
Au-delà de ces facteurs conjoncturels, la demande structurelle des banques centrales continue de soutenir les cours de l'or sur le plus long terme. La Banque populaire de Chine a augmenté ses réserves d'or en juillet dans des proportions inédites depuis octobre 2023, confirmant une tendance d'achats soutenus du secteur officiel observée dans plusieurs pays depuis plusieurs années, dans un mouvement plus large de diversification des réserves de change loin du dollar américain.
Les enjeux : ce que cette hausse révèle des inquiétudes des investisseurs
Pris ensemble, ces différents facteurs dessinent le profil d'un marché de l'or tiraillé entre plusieurs sources d'incertitude simultanées : un risque géopolitique persistant autour de l'Iran, une politique monétaire américaine dont la trajectoire reste disputée, une politique budgétaire marquée par des interventions inhabituelles du Trésor sur le marché obligataire, et un climat commercial international sous tension. Cette accumulation de facteurs, plutôt qu'un choc unique et identifiable, explique la vigueur du rebond observé ces derniers jours.
Plusieurs analystes, dont ceux de Goldman Sachs, envisagent que les cours de l'or puissent dépasser, d'ici la fin de l'année, leur objectif de 4 900 dollars l'once initialement fixé, une révision à la hausse alimentée par une demande croissante pour les produits financiers indexés sur l'or.
Et alors ?
Les prochains jours seront déterminants pour la suite de cette tendance. La publication de l'indice PCE de juillet mercredi, puis l'intervention du président de la Fed Kevin Warsh vendredi à Jackson Hole, devraient apporter des indications plus précises sur la trajectoire monétaire américaine dans les mois à venir. Sur le plan géopolitique, l'évolution du dossier iranien, notamment la réaction de Téhéran et de ses partenaires commerciaux aux nouvelles sanctions américaines, continuera également de peser sur l'appétit des investisseurs pour les valeurs refuges.
Fonte: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
Sources et transparence
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