Économie

Détroit d'Ormuz : pourquoi l'Iran affirme que rien ne sera plus jamais comme avant la guerre.

Par — Chroniqueur Makaya Enfo
Détroit d'Ormuz : pourquoi l'Iran affirme que rien ne sera plus jamais comme avant la guerre.

TÉHÉRAN / WASHINGTON — 28 juillet 2026

Cinq mois après le déclenchement d'une guerre ouverte entre l'Iran, les États-Unis et Israël, un cessez-le-feu censé y mettre fin a volé en éclats à plusieurs reprises. Sur fond de bombardements américains repris début juillet et de nouvelles sanctions pétrolières, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a averti que la gestion du détroit d'Ormuz, voie de passage stratégique pour un cinquième du pétrole mondial, « ne reviendrait pas à la situation d'avant-guerre ». Une déclaration qui, à elle seule, résume l'ampleur de ce qui a changé dans cette région du monde depuis fin février 2026.

Le bilan de la guerre à ce stade : cinq mois de conflit, un chef d'État tué, un détroit stratégique paralysé

Cette guerre a débuté dans la nuit du 28 février 2026, lorsqu'une opération militaire conjointe américano-israélienne — baptisée « Fureur épique » côté américain et « Lion rugissant » côté israélien — a frappé plusieurs villes iraniennes. Le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, est tué dans ces frappes. Un conseil provisoire prend alors le contrôle du pays. La riposte de Téhéran est immédiate : tirs de missiles sur des bases américaines au Moyen-Orient, et fermeture de facto du détroit d'Ormuz à la navigation commerciale.

Les conséquences de ce blocage sont immédiates et mondiales. Avant la guerre, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde transitait par ce passage entre l'Iran et la péninsule arabique. Sa fermeture déclenche une flambée des cours du pétrole et provoque des pénuries de carburant dans plusieurs pays qui dépendent des approvisionnements du golfe Persique, jusqu'à des phénomènes de ruée sur les stations-service observés jusqu'au Vietnam. Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie qualifiera la situation de plus grand défi de sécurité énergétique de l'histoire.

Sur le plan humain, cette guerre a fait, selon les décomptes journalistiques, des milliers de morts dans la région en cinq mois. Plusieurs pays du Golfe, dont le Qatar, les Émirats arabes unis, le Koweït et la Jordanie, ont eux aussi été touchés par des tirs ou des incursions à un moment ou à un autre du conflit, sans pour autant devenir des belligérants directs.

La situation actuelle : un cessez-le-feu signé, puis rompu, puis à nouveau suspendu

Après plusieurs mois de guerre, une première désescalade intervient à la mi-juin. Le 14 juin, Washington et Téhéran annoncent un accord de principe pour mettre fin aux hostilités et rouvrir le détroit d'Ormuz. Le 17 juin, un protocole d'accord — le mémorandum d'Islamabad — est officiellement signé à Versailles par Donald Trump, en présence d'Emmanuel Macron, du secrétaire d'État Marco Rubio et du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, en marge du sommet du G7 d'Évian. Ce texte prévoit un cessez-le-feu, la réouverture du détroit dans un délai de trente jours après son déminage, et l'ouverture d'un cycle de négociations de 60 jours pour aboutir à un accord définitif.

Dans la foulée, les 22 et 23 juin, une première session de pourparlers se tient à Bürgenstock, en Suisse, sous médiation pakistanaise et qatarie. Le trafic maritime reprend alors progressivement dans le détroit, jusqu'à atteindre un nombre record de navires ayant transité en une seule journée le 22 juin. Mais cette accalmie reste fragile : dans le même temps, le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, prévient que l'Iran entend imposer des « droits de redevance » aux navires empruntant le détroit, et que son administration « ne reviendra jamais » à ce qu'elle était avant guerre.

Cette fragilité se confirme début juillet. Le 7 juillet, l'armée américaine mène nouvelles frappes contre plus de 80 cibles en Iran, en représailles à des attaques attribuées à Téhéran contre trois navires commerciaux près du détroit. Le 8 juillet, les combats reprennent à une intensité moindre, et les deux parties considèrent de facto le mémorandum d'Islamabad comme caduc. Le 12 juillet, l'Iran annonce une nouvelle fermeture du détroit, tandis que Washington affirme de son côté que la voie reste ouverte. S'ensuivent deux semaines de bombardements américains d'une intensité inédite depuis le cessez-le-feu initial d'avril, avant qu'une accalmie ne s'installe à partir du vendredi 24 juillet : aucune frappe américaine n'a été rapportée en Iran depuis lors, une pause qui a fait reculer les cours du pétrole. Selon l'ambassadeur américain à l'ONU, Mike Waltz, cette pause vise à « laisser de la place » à de nouvelles négociations, même si Washington affirme garder « toutes les options sur la table ».

Les événements récents : la réimposition des sanctions pétrolières américaines

C'est dans ce climat de cessez-le-feu chancelant que Washington a choisi de durcir de nouveau sa pression économique. Le 7 juillet, en représailles aux attaques contre les navires commerciaux près d'Ormuz, le département du Trésor américain a révoqué une dérogation aux sanctions qui avait été accordée le 21 juin dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu, et qui autorisait temporairement certaines transactions portant sur le pétrole brut, les produits pétroliers et les produits pétrochimiques iraniens. Cette dérogation devait initialement rester en vigueur jusqu'au 21 août. Les entreprises concernées ont eu jusqu'au 17 juillet pour mettre fin à leurs transactions en cours.

Un responsable américain a précisé que cet accord était toujours resté conditionné au comportement de Téhéran, et que les attaques près d'Ormuz constituaient une violation des engagements pris. Donald Trump a lui-même résumé sa position en expliquant vouloir soit obtenir un accord, soit « finir le travail » — tout en précisant préférer la voie diplomatique pour ne pas, selon ses mots, faire souffrir les 91 millions d'habitants du pays. Quelques jours plus tard, le président américain a brièvement évoqué l'instauration d'un droit de péage américain de 20 % sur la valeur des cargaisons transitant par le détroit, avant d'abandonner cette idée peu après.

Les enjeux : pourquoi la déclaration du ministre iranien marque un point de rupture

La petite phrase du chef de la diplomatie iranienne — « le détroit ne reviendra pas à la situation d'avant-guerre » — n'est pas un simple mot de circonstance. Elle traduit un changement de doctrine assumé par Téhéran.

Avant la guerre, le détroit d'Ormuz, bien que stratégiquement vital pour l'Iran, restait un espace de circulation internationale largement ouvert, sans contrôle direct revendiqué par Téhéran sur son administration. Depuis, l'Iran affirme vouloir conserver la main sur la gestion de ce passage, en revendiquant que sa souveraineté « revient à l'Iran et à Oman », les deux pays qui bordent le détroit, et en réclamant une forme de compensation financière pour tout passage sécurisé — une position à laquelle Abbas Araghchi a même donné raison à Donald Trump lorsque celui-ci a évoqué l'idée d'un péage, avant que Washington ne finisse par y renoncer.

C'est précisément ce point qui cristallise l'incompréhension avec l'administration américaine. Pour Washington, la liberté de navigation dans le détroit constitue un principe non négociable du droit maritime international, et toute forme de taxation ou de contrôle unilatéral iranien est perçue comme une remise en cause de cet équilibre. Pour Téhéran, à l'inverse, cette revendication de souveraineté constitue une ligne rouge non négociable, présentée comme allant au-delà même de l'enjeu du programme nucléaire — le conseiller militaire du Guide suprême iranien étant allé jusqu'à affirmer que le contrôle du détroit importait davantage pour l'Iran que « des dizaines de bombes atomiques ». C'est cet écart de doctrine, plus que la seule question des sanctions, qui explique pourquoi chaque tentative de désescalade depuis juin s'est révélée aussi fragile.

Les positions en présence

La stratégie américaine : pression maximale à plusieurs niveaux

L'administration Trump combine, depuis le début du conflit, plusieurs leviers de pression simultanés : frappes militaires ponctuelles en cas de violation perçue du cessez-le-feu, blocus naval américain destiné à garantir la liberté de circulation dans le détroit, sanctions économiques réactivées et désactivées au gré de l'évolution du comportement iranien, et pression diplomatique constante pour obtenir un accord nucléaire définitif. Cette approche, parfois qualifiée de stratégie de « pression maximale », vise à maintenir un rapport de force favorable à Washington tout en laissant, à intervalles réguliers, une fenêtre ouverte à la négociation — comme en témoigne la pause dans les bombardements observée depuis le 24 juillet.

La stratégie iranienne : dissuasion asymétrique et revendication de souveraineté

Ne disposant pas de la même capacité de frappe conventionnelle que les États-Unis, Téhéran a privilégié des instruments plus asymétriques : fermeture ou menace de fermeture du détroit d'Ormuz, qui constitue son principal levier de pression sur l'économie mondiale ; attaques ciblées contre des navires commerciaux près du détroit ; frappes de missiles contre des bases américaines et des pays du Golfe jugés complices de Washington ; et, sur le plan diplomatique, une insistance constante sur la souveraineté nationale et la nécessité d'une compensation financière pour l'usage du détroit. Cette stratégie, qui ne cherche pas la confrontation frontale mais l'imposition d'un coût constant à l'adversaire, explique pourquoi Téhéran a maintenu sa position sur Ormuz même après la signature du mémorandum d'Islamabad en juin.

Impact citoyen pour les Iraniens et pour le gouvernement iranien

Pour la population iranienne, les conséquences de cette guerre s'ajoutent à une crise économique déjà sévère et antérieure au conflit. L'inflation avait déjà atteint des niveaux extrêmes fin 2025, avec des estimations allant jusqu'à plus de 48 % en glissement annuel à l'automne, tandis qu'une part importante de la population était considérée comme vivant sous le seuil de pauvreté. Ce contexte de fragilité économique avait déjà nourri, dès décembre 2025, un mouvement de contestation dans plus de 200 villes du pays, porté par des difficultés économiques, des pénuries d'eau et d'énergie, et des revendications politiques plus larges. La guerre, en aggravant l'isolement économique du pays via la réimposition des sanctions pétrolières, ne fait qu'ajouter une pression supplémentaire sur une population déjà éprouvée.

Pour le gouvernement iranien lui-même, la situation reste marquée par une transition politique inédite : depuis la mort du Guide suprême Ali Khamenei le 28 février, c'est un conseil provisoire qui dirige le pays, dans un contexte où la légitimité et la stabilité des nouvelles instances dirigeantes restent scrutées de près, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Début juillet, des cérémonies funéraires organisées en l'honneur du Guide suprême assassiné ont rassemblé une foule nombreuse à Téhéran, signe de l'importance symbolique de cette perte pour une partie de la population.

Sur le plan régional, enfin, les pays du golfe Persique — Qatar, Émirats arabes unis, Koweït, Oman — restent en première ligne des répercussions de ce conflit, qu'il s'agisse des attaques ponctuelles subies sur leur territoire ou de la question, toujours en suspens, de l'évacuation de plusieurs milliers de marins internationaux qui sont restés bloqués dans la région du fait de la fermeture du détroit à différentes phases du conflit.

Et maintenant ?

À ce stade, la situation reste suspendue entre une pause fragile dans les combats et la persistance de désaccords de fond, en particulier sur le statut futur du détroit d'Ormuz et sur le programme nucléaire iranien. La position exprimée par le ministre iranien des Affaires étrangères — celle d'un détroit qui ne redeviendra jamais ce qu'il était avant guerre — reste, à ce jour, l'un des points de friction les plus difficiles à résoudre dans la perspective d'un éventuel accord définitif entre Washington et Téhéran.

Fonte: Makaya enfo

Auteur

Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo

Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.

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