Samedi 20 juin 2026 — Téhéran
À peine cinq jours après la signature du protocole d'accord censé mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, l'édifice diplomatique vacille déjà. L'armée iranienne a annoncé samedi la fermeture du détroit d'Ormuz, accusant Israël d'avoir violé le cessez-le-feu par de nouvelles frappes meurtrières dans le sud du Liban. Sur le terrain, les combats entre Israël et le Hezbollah ont repris de plein fouet, faisant au moins 24 morts en une seule journée.

L'annonce iranienne : un avertissement et une menace
C'est le commandement central de l'armée iranienne, le Khatam al-Anbiya, qui a annoncé la nouvelle samedi, dans un communiqué lu à la télévision d'État : « Il est par la présente annoncé que le détroit d'Ormuz sera fermé au trafic maritime [...] cette première mesure est une réponse à la violation des engagements par l'ennemi. »
Le ton employé par l'état-major iranien ne laisse planer aucun doute sur la possibilité d'une nouvelle escalade : « Si l'agression se poursuit, d'autres mesures seront planifiées et mises en œuvre pour contraindre l'ennemi à respecter ses obligations. » Une formulation qui replace le détroit d'Ormuz — passage stratégique par lequel transitait avant la guerre environ 20 % des hydrocarbures mondiaux — au cœur du rapport de force entre Téhéran et ses adversaires.
Retour en arrière : une réouverture à peine entamée
Cette annonce est un coup dur pour le fragile processus de paix engagé cette semaine. La réouverture du détroit d'Ormuz constituait l'un des points centraux du protocole d'accord signé entre les États-Unis et la République islamique d'Iran, qui prévoyait explicitement une fin des hostilités sur l'ensemble des théâtres de guerre — y compris au Liban, un point sur lequel Téhéran avait particulièrement insisté lors des négociations.
Le détroit avait été verrouillé par l'Iran dès le déclenchement du conflit, le 28 février dernier, provoquant à l'époque un emballement spectaculaire des cours mondiaux du pétrole ainsi que des pénuries de carburant dans plusieurs régions du globe. Sa réouverture, amorcée ces derniers jours dans la foulée de l'accord, était perçue comme l'un des signes les plus tangibles d'un véritable retour au calme. Cette nouvelle fermeture menace de réduire à néant ce début de normalisation.
Une flambée de violence au Liban malgré le cessez-le-feu
Sur le terrain, la situation s'est brutalement détériorée au cours du week-end. Bien qu'un nouveau cessez-le-feu ait été annoncé vendredi par les États-Unis, Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah se sont affrontés sans relâche durant deux jours dans le sud du Liban. Les opérations israéliennes ont fait, selon la Défense civile libanaise, au moins 24 morts samedi.
L'agence nationale d'information libanaise ANI a recensé pas moins d'une vingtaine de bombardements israéliens samedi, répartis dans l'est et le sud du pays. Selon les autorités sanitaires libanaises, 16 personnes ont été tuées dans la seule région de Nabatiyé, où des colonnes de fumée se sont élevées dans le ciel toute la journée. Un soldat de l'armée libanaise a également perdu la vie, tandis que le ministère de la Santé a fait état d'au moins sept morts supplémentaires dans le village de Qannarit, près de Saïda.
Des frappes répétées ont touché plusieurs zones du sud du Liban samedi, provoquant la mort d'au moins 24 personnes en une seule journée selon les autorités libanaises.

Israël et le Hezbollah s'accusent mutuellement
Les versions des deux camps divergent fortement sur l'origine de cette flambée de violence. Israël, qui occupe toujours une partie du sud libanais, affirme avoir visé des positions du Hezbollah en représailles à des attaques contre ses propres troupes. Selon l'armée israélienne, plus de 50 projectiles auraient été tirés par le mouvement chiite contre ses soldats dans la nuit de vendredi à samedi.
Le Hezbollah, de son côté, affirme avoir repoussé des troupes israéliennes qui auraient tenté de s'infiltrer, « sous couvert de cessez-le-feu », sur une hauteur stratégique surplombant Nabatiyé. Le mouvement a publié un communiqué affirmant rester engagé en faveur du cessez-le-feu, tout en prévenant qu'il ne ferait preuve d'« aucune tolérance » face à toute tentative israélienne d'étendre son occupation du territoire libanais.
Du côté israélien, l'ambassadeur aux États-Unis, Yechiel Leiter, avait pourtant assuré vendredi que son pays s'engageait à respecter le cessez-le-feu, à condition que le Hezbollah en fasse de même. Samedi, il a changé de ton, accusant directement le mouvement chiite d'avoir « violé le cessez-le-feu », tout en assurant que son pays se contentait de « se défendre contre des attaques terroristes ».
Des panaches de fumée se sont élevés au-dessus de la forteresse médiévale de Beaufort, dans le sud du Liban, dont s'est emparée l'armée israélienne fin mai 2026.

La peur du retour : les civils libanais entre espoir et angoisse
Pour les habitants du sud du Liban, cette reprise des hostilités ravive une angoisse à peine apaisée. Fadi Zayat, laborantin de 53 ans originaire du village méridional de Tayr Debba, a confié son désarroi à des journalistes sur place : « Nous sommes retournés dans notre village il y a quelques jours, avec nos sacs prêts dans le cas où nous devrions repartir. »
Il a ajouté, avec une lassitude perceptible : « Nous attendons une décision sérieuse pour mettre fin à cette guerre [...] et retrouver nos vies. » Ce témoignage illustre la situation de milliers de familles libanaises, qui avaient commencé à rentrer chez elles dans l'espoir d'un retour à la normale, mais qui restent suspendues, sacs prêts, à l'incertitude d'un cessez-le-feu qui ne tient pas.
L'origine de l'engrenage : la mort du guide suprême iranien
Pour comprendre l'implication du Hezbollah dans ce conflit, il faut remonter au début du mois de mars, lorsque le mouvement chiite libanais a entraîné le pays dans la guerre régionale en tirant des roquettes sur Israël, pour venger la mort du guide suprême iranien, tué lors des frappes américano-israéliennes sur Téhéran qui avaient déclenché l'ensemble du conflit le 28 février. Depuis cette date, le Liban s'est trouvé entraîné dans un affrontement qui dépasse largement ses propres frontières, devenant l'un des théâtres les plus instables de cette guerre régionale.
Les négociations diplomatiques entre suspension et prudence
Du côté des pourparlers entre Téhéran et Washington, la situation reste également incertaine. Les discussions devant ouvrir le processus de 60 jours consacré au règlement du dossier nucléaire, et destinées à déboucher sur un accord final, étaient initialement prévues vendredi en Suisse. Aucune nouvelle date n'a, à ce stade, été officiellement annoncée pour leur tenue.
Des discussions qualifiées de « préparatoires » ont toutefois débuté samedi entre diplomates dans une station touristique suisse, selon les autorités de Berne. Selon la télévision publique suisse, y participent des délégations américaine et iranienne, ainsi que des représentants des pays médiateurs, le Qatar et le Pakistan.
Une précédente série de pourparlers entre l'Iran et les États-Unis s'était tenue en Suisse — un nouveau cycle de discussions « préparatoires » a débuté samedi malgré l'escalade au Liban.

Des absences et des présences qui en disent long
Du côté américain, le vice-président JD Vance, qui devait initialement se rendre en Suisse, a annulé son voyage — une absence qui pourrait être interprétée comme un signal de prudence face à l'instabilité de la situation. L'envoyé spécial Steve Witkoff serait néanmoins en route vers la Suisse, selon plusieurs médias américains. Jared Kushner, gendre du président américain et autre émissaire de poids dans ce dossier, serait également attendu sur place, selon les chaînes Axios et CNN, citant des responsables américains.
Du côté pakistanais, le ministre de l'Intérieur, dont le pays joue un rôle de médiateur central dans ce dossier depuis le début des négociations, est arrivé samedi en Iran dans le cadre de ces tractations — un geste qui témoigne de la volonté d'Islamabad de maintenir le canal diplomatique ouvert, malgré la dégradation de la situation sur le terrain.
Une paix suspendue à un fil
Cette séquence illustre avec une clarté brutale la fragilité du protocole d'accord signé cette semaine entre Washington et Téhéran. Sur le papier, l'engagement était clair : cessez-le-feu immédiat sur tous les théâtres, y compris au Liban, en échange d'une réouverture progressive du détroit d'Ormuz et de l'ouverture d'un cycle de négociations sur le dossier nucléaire.
Mais à peine quelques jours après la signature, c'est précisément le maillon libanais — celui sur lequel Téhéran avait le plus insisté — qui menace de faire dérailler l'ensemble de l'édifice. La fermeture du détroit d'Ormuz, présentée par l'Iran comme une simple « première mesure » de rétorsion, agit comme un signal d'alarme : sans un apaisement rapide sur le terrain libanais, c'est tout le fragile équilibre négocié au prix de mois de guerre et de négociations qui pourrait s'effondrer, avec des répercussions immédiates sur les marchés pétroliers mondiaux et sur la sécurité de toute la région.
