Politique

L'épouse du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez se voit enlever son passeport alors que le tribunal ordonne un procès pour corruption.

Par — Chroniqueur Makaya Enfo
L'épouse du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez se voit enlever son passeport alors que le tribunal ordonne un procès pour corruption.

Samedi 20 juin 2026 — Madrid, Espagne

Coup de tonnerre judiciaire en Espagne : un tribunal madrilène a ordonné le renvoi en procès de Begoña Gómez, épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, pour des faits de corruption. Le juge d'instruction a également décidé de lui confisquer son passeport et de lui interdire de quitter le territoire espagnol, invoquant un risque de fuite. Une décision qui relance une crise politique majeure pour le gouvernement socialiste.


Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et son épouse Begoña Gómez lors d'un événement officiel — leur couple se retrouve désormais au cœur d'une procédure judiciaire aux lourdes implications politiques.

Une décision judiciaire rendue publique samedi

C'est par une ordonnance rendue publique samedi que l'information a été révélée : un tribunal espagnol a ordonné que Begoña Gómez, épouse du chef du gouvernement espagnol, soit jugée pour corruption, tout en lui interdisant explicitement de quitter le pays.

La décision émane du juge Juan Carlos Peinado, magistrat instructeur au Tribunal d'instruction n° 41 de Madrid, qui a ordonné à Mme Gómez de remettre son passeport aux autorités et de se présenter devant la justice deux fois par mois, et ce jusqu'au prononcé du jugement final. Aucune date n'a, à ce stade, été fixée pour l'ouverture de ce procès hautement sensible sur le plan politique.


Un risque de fuite invoqué par le juge

Dans les motivations de sa décision, longue de 84 pages, le juge Peinado justifie ces mesures conservatoires en estimant que Begoña Gómez représente un risque de fuite. Le tribunal a précisé que des « instructions seront données à tous les postes-frontières ainsi qu'aux aéroports civils et militaires », afin de garantir le respect strict de l'interdiction de quitter le territoire espagnol qui lui est désormais imposée.

Ces mesures conservatoires ne concernent pas uniquement Begoña Gómez : elles s'appliquent également à Cristina Álvarez, conseillère au sein du Palais de la Moncloa, siège du gouvernement espagnol, également visée par cette procédure.


Les chefs d'accusation : quatre infractions distinctes

Begoña Gómez avait été formellement inculpée au mois d'avril 2026, au terme de deux années d'enquête, pour quatre infractions distinctes : détournement de fonds, trafic d'influence, corruption dans des opérations commerciales et malversations.

L'affaire trouve son origine dans la création d'une chaire universitaire à l'Université Complutense de Madrid, que Begoña Gómez codirigeait. L'enquête porte sur l'utilisation présumée de moyens publics ainsi que sur la mobilisation de relations personnelles, dans le but supposé de servir des intérêts privés.

Selon des éléments rapportés par plusieurs médias internationaux, Mme Gómez est notamment accusée d'avoir utilisé sa position pour influencer l'attribution de contrats gouvernementaux à un groupe d'entreprises technologiques. Le juge l'accuse également d'usage abusif de fonds publics dans le cadre du recrutement d'un consultant, ainsi que d'une utilisation jugée inappropriée de logiciels alors qu'elle exerçait comme professeure dans une université publique.


Le juge Juan Carlos Peinado a estimé que Begoña Gómez représentait un risque de fuite, justifiant la confiscation de son passeport.

Une enquête ouverte depuis avril 2024

Cette procédure judiciaire n'est pas une affaire récente. Le juge Peinado avait ouvert une enquête dès le mois d'avril 2024, afin de déterminer si Begoña Gómez avait exploité sa position d'épouse du Premier ministre pour favoriser des intérêts privés. Cette enquête avait été déclenchée par une plainte déposée par Manos Limpias (« Mains propres »), un groupe de pression anticorruption dont le dirigeant est lié à l'extrême droite espagnole.

L'ouverture de cette enquête avait déjà provoqué une onde de choc politique considérable à l'époque. Pedro Sánchez avait alors annoncé, dans une lettre publiée sur le réseau social X, qu'il envisageait sérieusement sa démission, dénonçant ce qu'il qualifiait de « campagne de diffamation et de harcèlement sans précédent de la part de la droite et de l'extrême droite ». Il avait finalement annoncé son maintien à la tête du gouvernement après plusieurs jours de réflexion.


Begoña Gómez dément toute infraction

Begoña Gómez a démenti l'ensemble des accusations portées contre elle. Pedro Sánchez lui-même a toujours qualifié cette procédure judiciaire de campagne orchestrée par ses opposants politiques conservateurs, dans le but de faire tomber son gouvernement de coalition de gauche, au pouvoir en Espagne depuis 2018.

Selon des sources proches de l'épouse du Premier ministre, celle-ci a l'intention de faire appel des mesures conservatoires décidées par le tribunal, et notamment de contester spécifiquement la confiscation de son passeport. Cette décision intervient après une audience préliminaire tenue cette semaine, au cours de laquelle les parties accusatrices avaient demandé que les défendeurs soient jugés par un jury populaire, et avaient appelé à des restrictions destinées à prévenir tout risque de fuite potentiel.

Fait notable : le Parquet espagnol et les équipes de défense des accusés s'étaient, au contraire, accordés pour demander l'abandon des poursuites, estimant que les éléments de preuve réunis étaient insuffisants pour étayer des charges de nature pénale.


Une mobilisation de soutien devant les tribunaux

Cette procédure judiciaire continue de cristalliser les tensions politiques en Espagne. Le 15 juin dernier, le jour où Begoña Gómez s'est présentée devant le tribunal pour témoigner dans le cadre de l'enquête sur le trafic d'influence, un camion affichant des images du couple formé par Pedro Sánchez et son épouse a circulé aux abords du palais de justice, en signe de protestation.


Le Palais de la Moncloa, siège du gouvernement espagnol, dont une conseillère est également visée par les mesures conservatoires décidées par le tribunal.

Une affaire parmi plusieurs scandales qui fragilisent Sánchez

Cette procédure visant Begoña Gómez ne constitue qu'un volet parmi plusieurs affaires de corruption qui ont récemment touché l'entourage du dirigeant socialiste, ainsi que certains de ses anciens alliés politiques. Cette accumulation de scandales judiciaires menace désormais sérieusement de faire vaciller son gouvernement de coalition minoritaire, qui repose sur des équilibres parlementaires déjà fragiles.

L'opposition de droite et d'extrême droite n'a pas tardé à réagir à cette nouvelle décision judiciaire, appelant une nouvelle fois le gouvernement socialiste à démissionner. Cette confrontation politique illustre la polarisation croissante du débat public espagnol autour de cette affaire, où les accusations de corruption se mêlent inextricablement à des considérations partisanes, chaque camp interprétant les développements judiciaires à l'aune de ses propres intérêts politiques.


Les prochaines étapes judiciaires

Si aucune date n'a encore été fixée pour l'ouverture du procès proprement dit, la décision de renvoi en jugement marque une étape procédurale majeure dans cette affaire vieille de plus de deux ans. Reste à voir si l'appel annoncé par les avocats de Begoña Gómez contre les mesures conservatoires — en particulier la confiscation de son passeport — sera couronné de succès, et si le Parquet, qui avait pourtant demandé l'abandon des poursuites, parviendra à faire entendre sa position dans la suite de la procédure.

Pour Pedro Sánchez, cette nouvelle étape judiciaire intervient à un moment particulièrement délicat, alors que son gouvernement doit déjà composer avec une majorité parlementaire étroite et une opposition galvanisée par cette succession d'affaires judiciaires touchant son entourage proche. La question de savoir si cette pression judiciaire et politique combinée finira par fragiliser durablement sa position à la tête de l'exécutif espagnol reste, à ce stade, entièrement ouverte.

Fonte: Makaya enfo

Auteur

Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo

Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.

Sources et transparence

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