Iran : au moins 37 fois, Trump a promis un accord imminent — et chaque fois, rien ne s'est passé.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Iran : au moins 37 fois, Trump a promis un accord imminent — et chaque fois, rien ne s'est passé
9 juin 2026 — Actualités / États-Unis
Ce lundi soir, lors d'un tele-rally de campagne en soutien au sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham, le président Donald Trump a de nouveau promis une "victoire totale" sur l'Iran "dans les deux prochaines semaines". Une déclaration familière. Presque rituelle. Depuis fin mars 2026, un décompte minutieux révèle qu'il a affirmé au moins 37 fois qu'un accord avec Téhéran était imminent, à portée de main, "dans quelques jours" — et pas une seule fois la promesse ne s'est concrétisée.
Le schéma est désormais si répétitif qu'il est devenu un sujet d'analyse à part entière : comment un président peut-il promettre la même chose des dizaines de fois, sans que la réalité le démente aux yeux de ses partisans ?
Tout commence en février : un ultimatum qui ne tient pas
Pour comprendre cette accumulation, il faut remonter au début de l'année 2026. Le président Trump, de retour à la Maison-Blanche depuis janvier 2025, avait relancé dès le début sa politique de "pression maximale" sur l'Iran — sanctions renforcées, rhétorique guerrière, menaces militaires. En février 2026, alors que les tensions avec Téhéran s'emballent autour du programme nucléaire iranien, Trump lance son premier ultimatum en date : l'Iran dispose de dix à quinze jours pour s'engager dans un accord, "ou les conséquences seront malheureuses."
La date limite est passée. Aucun accord.
Puis vint la guerre. En mars 2026, après des frappes israélo-américaines sur les installations nucléaires et militaires iraniens, un conflit ouvert éclate. C'est dans ce contexte de guerre active que Trump commence sa longue série d'annonces optimistes — qui se succéderont pendant plus de deux mois sans jamais aboutir.
Mars 2026 : la rhétorique s'emballe
Le 9 mars, Trump affirme que "la guerre est pratiquement terminée" et que l'Iran a déjà perdu. Il prétend que le détroit d'Ormuz — voie maritime stratégique par laquelle transitent des millions de barils de pétrole chaque jour — a été rouvert. Ce n'est pas vrai. Le détroit reste bloqué.
Le 23 mars, Trump dit aux journalistes qu'il est en contact avec "un haut responsable" iranien. "C'est lui qui a appelé, pas moi. Ils veulent un accord, et nous sommes tout à fait disposés." Le lendemain, l'Iran dément toute négociation directe.
Le 25 mars, Trump déclare que l'Iran "veut tellement faire un accord." Le 26 mars, lors d'une réunion de Cabinet, il va encore plus loin : Téhéran serait désormais en train de "supplier pour un accord." Malgré cette soi-disant supplication, l'Iran résiste pendant encore deux mois et demi.
Le 29 mars, interrogé par des journalistes à bord d'Air Force One, Trump répond à la question "prévoyez-vous un accord avec l'Iran dans la semaine ?" par un direct et confiant : "Oui, je vois bien un accord avec l'Iran."
Il n'y en aura pas dans la semaine.
7 avril : la proclamation de "victoire totale"
Après six semaines de guerre, le Pakistan parvient le 8 avril à négocier un cessez-le-feu conditionnel entre les États-Unis et l'Iran. Trump, le 7 avril, anticipe et proclame sur les réseaux sociaux que les deux parties sont "très avancées" dans leurs discussions et qu'il faut "deux semaines pour finaliser et conclure l'Accord." Il conclut en déclarant qu'il est "un honneur d'avoir ce problème de longue date sur le point d'être résolu."
Sur son canal AFP, il va encore plus loin, criant victoire : "Victoire totale et complète. 100 %. Sans aucun doute."
Ces deux semaines passent. Pas d'accord. Le cessez-le-feu est prolongé indéfiniment le 21 avril.
Le détroit d'Ormuz, passage stratégique entre l'Iran et Oman par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial — sa fermeture est l'une des grandes pommes de discorde des négociations.
Le motif des "deux semaines" : un tic rhétorique révélateur
L'une des constantes les plus frappantes dans le comportement de Trump lors de cette crise est son obsession pour l'intervalle de "deux semaines". Ce délai est revenu comme un refrain dans presque toutes ses déclarations sur l'Iran depuis le début du conflit. Mais ce n'est pas réservé à l'Iran.
En avril 2025, interrogé sur l'Ukraine, il avait promis une décision sur l'aide militaire américaine "dans deux semaines." Un mois plus tard, il avait dit qu'il saurait "dans deux semaines" si Vladimir Poutine voulait vraiment la paix. En juin 2025, lors de la Guerre des Douze Jours entre Israël et l'Iran, il avait annoncé qu'une décision américaine potentielle sur une intervention viendrait — là encore — "dans deux semaines."
La formule semble moins être un engagement réel qu'un outil de communication : assez précis pour sembler crédible, assez vague pour ne jamais être réellement comptabilisé.
Avril-mai : quand les tweets sabotent les négociations
La période la plus instructive de ce feuilleton diplomatique est sans doute celle du mois d'avril et mai, lorsque des sources au sein même de l'administration Trump ont reconnu en privé que les sorties publiques du président nuisaient aux négociations. Voici comment : Trump a affirmé publiquement qu'il avait "négocié" plusieurs concessions majeures de la part de Téhéran — suspension illimitée du programme nucléaire, transfert de l'uranium enrichi vers les États-Unis, capitulation sur de nombreux points de friction. Les responsables iraniens ont démenti chacune de ces affirmations, point par point.
Ce mécanisme de contradiction publique — Trump annonce un accord, l'Iran dément, la confiance s'effondre — s'est répété plusieurs fois en quelques semaines, repoussant à chaque fois la possibilité d'une signature. Des fonctionnaires américains impliqués dans les discussions ont reconnu dans des coulisses que la sensibilité des négociations et la méfiance profonde de l'Iran envers Washington rendaient ces coups de communication particulièrement contre-productifs.
"Ça m'ennuie" : le tournant du 1er juin
Le 1er juin 2026, une déclaration de Trump provoque la stupéfaction générale. Interrogé en direct sur CNBC sur l'état des négociations — qui venaient de marquer le pas après la reprise des frappes israéliennes au Liban — le président répond avec un haussement d'épaules symbolique : "Je m'en fiche, franchement. Je ne m'en préoccupe vraiment pas. Si elles sont terminées, elles sont terminées. Si elles ne le sont pas... je pense qu'elles ont pris trop de temps. Franchement, je trouve qu'elles ont commencé à devenir très ennuyeuses."
Quelques heures auparavant, il s'assurait encore que l'accord était "à portée de main." Quelques jours plus tard, il promettait à nouveau la "victoire totale dans deux semaines." La cohérence n'est clairement pas une priorité.
Les points de blocage réels, au-delà de la rhétorique
Derrière les déclarations tonitruantes, les négociations ont réellement achoppé sur plusieurs enjeux fondamentaux et difficiles à concilier.
Sur le nucléaire, les États-Unis ont d'abord exigé un gel de vingt ans de l'enrichissement iranien. L'Iran a répondu en proposant cinq ans. Washington a refusé. Les deux parties s'accusent mutuellement de mauvaise foi. Trump exige en outre que l'Iran transfère physiquement son stock d'uranium enrichi de haute qualité — ce que Téhéran refuse catégoriquement comme une capitulation inacceptable.
Sur le détroit d'Ormuz, l'Iran réclame de conserver un contrôle souverain sur ce passage maritime stratégique tout en étant autorisé à vendre librement son pétrole, ce qui implique la levée des sanctions américaines. Washington veut des garanties écrites de libre circulation internationale, sans que l'Iran puisse en contrôler unilatéralement l'accès.
Sur les missiles balistiques et les groupes armés régionaux comme le Hezbollah et le Hamas, les positions sont encore plus éloignées. L'Iran refuse de renoncer à ces deux piliers de sa puissance régionale. Israël, de son côté, insiste pour qu'ils soient inclus dans tout accord, sous peine de refuser de lever les armes.
Ce que l'Iran dit vraiment
Les responsables iraniens, loin d'être les "suppliants" décrits par Trump, ont adopté un ton radicalement différent. Le chef négociateur iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a déclaré sans ambiguïté que son pays "ne reculera pas sur les droits de notre nation — surtout face à une partie qui n'a jamais montré de sincérité et en qui aucune confiance n'existe." Il a même averti que si Trump "commet l'erreur de relancer la guerre, elle sera bien plus dévastatrice et amère pour l'Amérique que le premier jour."
Cette rhétorique de confrontation, maintenue même pendant les phases de négociation, illustre à quel point les "deux parties" décrites par Trump comme "prêtes à signer" se trouvent en réalité dans des postures radicalement opposées.
Un accord "mémorandum" qui n'a jamais abouti
En mai 2026, une véritable percée semblait possible. Des négociateurs américains et iraniens avaient élaboré un mémorandum d'entente sur 60 jours — un texte prévoyant une extension du cessez-le-feu, la réouverture du détroit d'Ormuz et l'ouverture de négociations formelles sur le nucléaire. Des fonctionnaires américains affirmaient que l'Iran était "prêt à signer."
Mais Trump a demandé des modifications de dernière minute sur les clauses nucléaires du document. Il voulait des engagements plus précis sur la manière et le calendrier pour récupérer l'uranium iranien. L'Iran, de son côté, a démenti avoir approuvé le texte final. Le mémorandum n'a jamais été signé.
Le Pakistan joue un rôle central de médiateur dans les pourparlers entre Washington et Téhéran, coordonnant les propositions entre les deux parties qui refusent toute négociation directe.
Ce lundi encore, la même promesse
Ce 9 juin 2026, lors de son tele-rally pour Lindsey Graham, Trump a dit : "Nous négocions en ce moment, et ils veulent faire un très bon accord. Ils sont prêts à tout nous donner. Ils sont prêts à nous garantir l'absence d'arme nucléaire. Je pense que nous gagnons cette bataille, mais vous allez vraiment gagner au cours des deux prochaines semaines quand nous déclarerons la victoire totale — ce sera une victoire totale, et cela arrivera très bientôt, et les prix du pétrole vont s'effondrer."
Interrogé sur NBC sur les raisons pour lesquelles aucun accord n'a encore été conclu malgré toutes ses promesses, Trump a répondu : "Parce qu'ils sont forts. Ils sont fiers. Il y a des choses qu'ils n'auraient jamais cru devoir faire — mais ils devront les faire. Ils n'ont pas d'autre choix. Il faut juste un peu de temps."
Fonte: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
Sources et transparence
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