Guerre commerciale : l'Ontario menace de couper l'électricité et les minéraux critiques aux États-Unis.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
TORONTO — 25 août 2026
Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a averti lundi qu'il était prêt à couper l'approvisionnement en électricité et en minéraux critiques vers les États-Unis si la guerre commerciale entre les deux pays continuait de s'aggraver. Cette annonce, formulée dans une interview accordée à l'agence Associated Press, marque une nouvelle escalade dans un conflit commercial qui a viré, ces derniers jours, à l'affrontement personnel entre le dirigeant provincial canadien et le président américain Donald Trump.
Ce que Doug Ford a annoncé
Dans son entretien avec l'agence de presse américaine, Doug Ford a rappelé que l'Ontario alimentait actuellement en électricité environ 1,5 million de foyers et d'entreprises situés du côté américain de la frontière. Il a affirmé être prêt à couper cet approvisionnement, ainsi que l'accès aux minéraux critiques produits dans sa province, si l'escalade commerciale se poursuivait. Il a résumé sa position en affirmant que toutes les options restaient sur la table, et qu'il était prêt à faire tout ce qui serait nécessaire.
Le premier ministre ontarien a par ailleurs suggéré de tripler le prix de plusieurs matières premières vendues par le Canada aux États-Unis, dont le pétrole, la potasse, l'uranium et les terres rares. Il ne s'agit pas de la première fois que Doug Ford utilise l'énergie et les minéraux critiques comme leviers de pression dans ce conflit commercial, cette option ayant déjà été évoquée à plusieurs reprises par le passé.
Pourquoi maintenant : l'échec des négociations et une nouvelle escalade tarifaire
Cette déclaration intervient trois jours après l'échec des négociations commerciales entre Ottawa et Washington. Doug Ford s'était déjà opposé à l'accord commercial proposé la semaine précédente, avant que les discussions entre les deux pays ne s'effondrent définitivement. Il a depuis appelé à une réponse ferme face aux nouveaux droits de douane de 50 % imposés par l'administration américaine sur environ 28 milliards de dollars canadiens d'exportations du pays.
Cette nouvelle salve tarifaire s'ajoute à une menace plus large formulée par Donald Trump : l'imposition de droits de douane supplémentaires sur les secteurs automobile et sidérurgique canadiens à compter du 1er janvier 2027, deux industries particulièrement importantes pour l'économie de l'Ontario. Selon un sondage cité par la presse canadienne, environ trois Canadiens sur quatre estimeraient que la décision de cesser les négociations avec les États-Unis était justifiée.
Une querelle qui a viré à l'affrontement personnel
Au-delà des enjeux économiques, cet épisode s'est accompagné d'un échange particulièrement vif entre les deux dirigeants. Réagissant sur les ondes d'une radio de Toronto à la nouvelle menace tarifaire de Donald Trump sur l'automobile et l'acier, Doug Ford a tenu des propos très directs et volontairement provocateurs à l'endroit du président américain. Le premier ministre ontarien a ensuite maintenu cette ligne lors d'une conférence de presse tenue à Hamilton.
Donald Trump a répliqué dans l'après-midi sur son réseau Truth Social, s'en prenant personnellement à Doug Ford et le comparant défavorablement à son frère, l'ancien maire de Toronto Rob Ford, décédé d'un cancer en 2016. Doug Ford a pour sa part rejeté ces attaques, refusant de répondre selon ses mots à des méthodes qu'il a qualifiées d'intimidation.
Cet échange n'est pas le premier accroc entre les deux hommes. À l'automne précédent, Doug Ford avait déjà suscité la colère du président américain en diffusant une publicité télévisée reprenant un enregistrement de l'ancien président Ronald Reagan datant de 1987, dans lequel celui-ci mettait en garde contre les effets néfastes des droits de douane sur les travailleurs et les consommateurs américains — une déclaration faite un an avant la ratification de l'accord de libre-échange nord-américain, l'ancêtre de l'actuel Accord Canada-États-Unis-Mexique, aujourd'hui au cœur des tensions commerciales. Furieux, Donald Trump avait alors rompu les négociations en cours avec le Canada, avant que Doug Ford n'accepte de retirer la publicité. Cette semaine, le premier ministre ontarien a affirmé que Ronald Reagan, s'il pouvait voir la politique commerciale actuelle de l'administration Trump, en serait profondément indigné.
Les enjeux stratégiques : pourquoi l'électricité et les minéraux critiques sont des leviers sensibles
Le choix de l'Ontario de cibler spécifiquement l'électricité et les minéraux critiques n'est pas anodin. Sur le plan énergétique, plusieurs États américains situés à la frontière dépendent directement de l'approvisionnement en électricité en provenance de la province canadienne pour une partie de leur consommation, ce qui rend cette ressource particulièrement sensible en cas d'interruption.
Sur le plan des minéraux critiques, l'enjeu touche directement à des secteurs jugés stratégiques pour la sécurité nationale américaine. Ces ressources sont utilisées notamment par l'industrie de défense américaine pour la production d'avions militaires et de missiles, ainsi que par l'industrie électronique. Une interruption de ces approvisionnements toucherait ainsi des secteurs économiques considérés comme hautement sensibles par Washington, ce qui explique pourquoi Doug Ford a choisi de mettre en avant ce levier de négociation en particulier.
Les positions en présence : une réponse canadienne pas totalement unifiée
Face à cette annonce, les autres dirigeants politiques canadiens n'ont pas tous adopté la même ligne. Le premier ministre fédéral, Mark Carney, n'a pas exclu de recourir à ce type de mesures, tout en adoptant un ton plus mesuré que celui de Doug Ford. Il a notamment interrogé le message qu'enverrait une telle mesure aux travailleurs de plusieurs États américains, dont le Michigan, l'Ohio, le Kentucky et l'Alabama, dont l'économie dépend en partie de la demande canadienne, le Canada étant leur principal client pour l'industrie automobile. Après un échange téléphonique avec Mark Carney, Doug Ford a lui-même nuancé ses propos, indiquant vouloir agir dans le cadre d'une approche coordonnée avec l'ensemble des provinces canadiennes, qu'il a désignée par l'expression « Équipe Canada », tout en appelant ses homologues provinciaux à faire preuve de la même fermeté.
La ministre québécoise de l'Économie, Christine Fréchette, a pour sa part adopté une position prudente, indiquant ne vouloir exclure aucune option sans pour autant appuyer explicitement la menace formulée par Doug Ford. D'autres provinces, dont l'Alberta, dirigée par la première ministre Danielle Smith, se sont montrées plus réticentes à l'égard de ce type de mesures de rétorsion, illustrant l'absence, à ce stade, d'un consensus total entre les provinces canadiennes sur la stratégie à adopter face à l'escalade tarifaire américaine.
Impact potentiel pour les deux économies
Une interruption effective de l'approvisionnement en électricité et en minéraux critiques aurait des répercussions concrètes des deux côtés de la frontière. Pour les États américains concernés, une telle mesure pourrait fragiliser l'approvisionnement énergétique de certaines zones frontalières, ainsi que les chaînes d'approvisionnement de secteurs industriels stratégiques dépendant des minéraux ontariens. Pour le Canada, en particulier pour l'Ontario, dont l'industrie automobile constitue l'un des moteurs économiques majeurs de la province, une telle escalade comporte également des risques significatifs, dans la mesure où les États-Unis demeurent le principal partenaire commercial du pays pour de nombreux secteurs, l'automobile en tête.
Et maintenant ?
À ce stade, la menace formulée par Doug Ford reste conditionnelle à une nouvelle aggravation du conflit commercial, et n'a pas encore été mise à exécution. La suite des événements dépendra en grande partie de l'attitude de l'administration américaine, notamment sur la mise en œuvre effective des nouveaux droits de douane annoncés sur les secteurs automobile et sidérurgique à compter de janvier 2027, ainsi que de la capacité des provinces canadiennes à s'entendre sur une réponse commune et coordonnée face à cette escalade.
Fonte: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
Sources et transparence
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