Économie

Chine-Indonésie : Jakarta resserre ses liens militaires avec Pékin sans rompre l'équilibre avec Washington.

Par — Chroniqueur Makaya Enfo
Chine-Indonésie : Jakarta resserre ses liens militaires avec Pékin sans rompre l'équilibre avec Washington.

JAKARTA — 21 août 2026

La Chine et l'Indonésie ont annoncé, vendredi 21 août 2026, leur intention de renforcer leurs liens militaires et d'approfondir leur coopération sur les minéraux, l'énergie et la technologie. Cet accord, conclu à l'occasion d'une visite conjointe à Jakarta du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et de son homologue de la Défense Dong Jun, illustre la stratégie d'équilibre que l'Indonésie tente de maintenir entre Pékin et Washington, dans un contexte de tensions économiques et géopolitiques croissantes, notamment en mer de Chine méridionale.

Ce que contient l'accord annoncé à Jakarta

Sur le plan militaire, les deux pays se sont engagés à intensifier leur coopération, avec notamment des exercices conjoints, des échanges d'officiers et des partenariats entre leurs industries de défense respectives. Le ministre chinois de la Défense, Dong Jun, reçu vendredi par une garde d'honneur militaire à son arrivée pour rencontrer son homologue indonésien Sjafrie Sjamsoeddin, a estimé que les perspectives de coopération entre les deux armées étaient vastes, et que cette coopération gagnait en qualité et en efficacité. De son côté, le ministre indonésien de la Défense a confirmé l'intensification à venir des activités conjointes entre les deux armées, exercices et échanges d'officiers compris.

Le contexte : une Indonésie qui pratique le « multi-alignement »

Cette annonce s'inscrit dans la doctrine de politique étrangère revendiquée par le président indonésien Prabowo Subianto, en fonction depuis octobre 2024 : celle d'une politique « libre et active », fondée sur le principe historique du non-alignement adopté par l'Indonésie dès la fin des années 1940, à l'époque de la Guerre froide. Ce principe, connu sous le nom de « bebas aktif », n'implique pas un refus de toute alliance, mais impose que chaque partenariat soit conclu sur une base d'égalité, en préservant la souveraineté du pays.

Dans les faits, cette doctrine s'est traduite, depuis l'arrivée au pouvoir de Prabowo Subianto, par un exercice d'équilibre permanent entre les deux grandes puissances. L'épisode le plus révélateur de cette stratégie reste sans doute celui du 13 avril 2026 : ce jour-là, le ministre indonésien de la Défense signait au Pentagone un partenariat de coopération militaire approfondi avec les États-Unis, incluant un accès à des technologies sensibles habituellement réservées aux alliés les plus proches de Washington, tandis que, simultanément, le président Prabowo Subianto tenait à Moscou une rencontre de cinq heures avec le président russe Vladimir Poutine — un déplacement motivé, selon plusieurs analyses, par la volonté de sécuriser des approvisionnements en pétrole russe à prix réduit, dans un contexte de crise énergétique mondiale liée à la fermeture du détroit d'Ormuz. Cette double démarche, menée le même jour sur deux continents différents, a été interprétée par plusieurs observateurs comme une démonstration délibérée de la stratégie de « multi-alignement » indonésienne.

Le rapprochement annoncé cette semaine avec Pékin s'inscrit dans la même logique : au lendemain d'un accord de défense approfondi avec les États-Unis, l'Indonésie confirme, quatre mois plus tard, son intention de renforcer également ses liens militaires avec la Chine, sans que l'un de ces partenariats ne semble se substituer à l'autre.

Les tensions sous-jacentes à cette relation

Cette relation, bien que consolidée, n'est pas exempte de frictions. Sur le plan territorial d'abord : lors d'une visite en Chine en 2024, peu après son investiture, Prabowo Subianto avait cosigné avec Pékin une déclaration maritime évoquant une « compréhension commune » sur le développement conjoint de zones maritimes faisant l'objet de revendications territoriales concurrentes. Cette formulation avait suscité une controverse, certains analystes y voyant une inflexion de la position traditionnelle de l'Indonésie, qui s'est toujours présentée comme un État non revendicateur dans le contentieux de la mer de Chine méridionale. Jakarta avait alors tenu à réaffirmer publiquement qu'elle ne reconnaissait pas les revendications chinoises dans cette zone, tout en indiquant préférer une gestion de la relation par la voie de la diplomatie de défense plutôt que par l'escalade.

Sur le plan économique ensuite : si la Chine demeure l'un des principaux investisseurs étrangers en Indonésie, avec 3,9 milliards de dollars d'investissements directs enregistrés sur le premier semestre 2026, cette relation s'accompagne de tensions réglementaires croissantes. En mai 2026, des entreprises chinoises opérant en Indonésie ont adressé une lettre aux autorités du pays, par l'intermédiaire de leur chambre de commerce, pour dénoncer une réglementation jugée excessivement stricte, une application jugée excessive de ces règles, ainsi que des accusations de corruption et d'extorsion de la part de certaines autorités locales. Ces entreprises pointaient notamment la hausse des impôts et une nouvelle formule de tarification du nickel, qu'elles jugent pénalisantes pour la rentabilité de leurs investissements.

L'enjeu stratégique du nickel et des chaînes d'approvisionnement mondiales

Cette question du nickel dépasse largement le seul cadre bilatéral. L'Indonésie détient les plus importantes réserves mondiales de ce minerai, essentiel à la fabrication des batteries de véhicules électriques, et s'est imposée ces dernières années comme un maillon central des chaînes d'approvisionnement mondiales de cette industrie. Parmi les principaux investisseurs présents sur le territoire indonésien figurent Contemporary Amperex Technology (CATL), premier fabricant mondial de batteries pour véhicules électriques, ainsi que le groupe sidérurgique Tsingshan, qui y exploite plusieurs sites de fonderie.

Le contrôle d'une part significative de cette chaîne d'approvisionnement stratégique confère à l'Indonésie un poids géopolitique croissant, à l'heure où la compétition mondiale autour des minéraux critiques nécessaires à la transition énergétique et aux nouvelles technologies s'intensifie entre les grandes puissances. C'est précisément ce positionnement qui explique l'intérêt réaffirmé de Pékin pour la transformation du nickel indonésien, mentionné explicitement dans l'accord annoncé cette semaine.

Les enjeux : une position d'équilibre de plus en plus scrutée

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a profité de sa visite à Jakarta pour appeler les deux pays à « saisir le moment », estimant que la situation internationale actuelle, qu'il a qualifiée de complexe et entremêlée, était marquée par des actes d'unilatéralisme et d'hégémonie aux conséquences sérieuses pour la coopération et la stabilité mondiales — une formulation généralement interprétée, dans le langage diplomatique chinois, comme une critique implicite de la politique étrangère américaine.

Cette position d'équilibre, si elle permet à l'Indonésie de multiplier les partenariats et les investissements, n'est pas sans susciter des interrogations, y compris au sein même du pays. Le partenariat de défense approfondi signé avec les États-Unis en avril 2026 avait ainsi suscité une controverse intérieure, après la révélation par un média étranger que Washington aurait cherché à obtenir une autorisation de survol généralisée de l'espace aérien indonésien, une information dont le public indonésien avait pris connaissance par la presse étrangère avant toute explication officielle de son propre gouvernement — un épisode qui a nourri, selon plusieurs analystes, des inquiétudes sur la transparence de la politique étrangère du président Prabowo Subianto et sur les risques que ce jeu d'équilibre entre grandes puissances pourrait, à terme, faire courir aux principes fondateurs du non-alignement indonésien.

Et maintenant ?

L'accord annoncé cette semaine ne constitue pas, en tant que tel, une rupture dans la politique étrangère indonésienne, mais plutôt la confirmation d'une trajectoire déjà engagée depuis l'arrivée au pouvoir de Prabowo Subianto : celle d'un rapprochement simultané avec les deux grandes puissances rivales, sans exclusivité accordée à l'une ou à l'autre. La capacité de Jakarta à maintenir durablement cet équilibre, alors que la rivalité sino-américaine continue de s'intensifier sur plusieurs fronts, du commerce à la mer de Chine méridionale en passant par les minéraux critiques, reste l'un des principaux défis de politique étrangère auxquels le pays devra faire face dans les mois à venir.

Fonte: Makaya enfo

Auteur

Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo

Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.

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