Technologie

Le nouveau ministère des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation du Népal : un outil à consolider pour renforcer la capacité scientifique nationale.

Par — Chroniqueur Makaya Enfo
Le nouveau ministère des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation du Népal : un outil à consolider pour renforcer la capacité scientifique nationale.

Mardi 23 juin 2026 — Katmandou, Népal

Six semaines après sa création formelle, le tout nouveau ministère népalais des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation se retrouve à un carrefour décisif. Né dans la foulée d'une révolution politique portée par la jeunesse du pays, cet outil institutionnel inédit dispose d'un mandat ambitieux, mais devra composer avec des moyens encore limités pour espérer combler le retard scientifique chronique du Népal.


Le palais gouvernemental de Singha Durbar, à Katmandou, siège historique de l'exécutif népalais, où se décident désormais les politiques scientifiques et technologiques du pays.

Une naissance administrative au cœur d'une refonte de l'État

Le 13 mai 2026, le Conseil des ministres népalais a officiellement créé le ministère des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation, par la publication d'un règlement au Journal officiel népalais. Cette création s'inscrit dans une restructuration profonde de l'appareil gouvernemental : le gouvernement dirigé par le Premier ministre Balendra Shah a fait passer le nombre de ministères fédéraux de 22 à 18, en vertu du nouveau règlement sur la répartition des compétences gouvernementales.

Concrètement, l'ancien ministère de l'Éducation, des Sciences et de la Technologie a été dissous et scindé en deux entités distinctes : un ministère de l'Éducation et des Sports, d'une part, et ce nouveau ministère consacré exclusivement aux sciences, à la technologie et à l'innovation, d'autre part. Une décision présentée par le gouvernement comme s'inscrivant dans une stratégie de développement à long terme, visant à aligner le pays sur les évolutions scientifiques et technologiques les plus récentes à l'échelle mondiale.


Une histoire institutionnelle en dents de scie

Cette création ne sort pas de nulle part : elle marque en réalité un retour en arrière institutionnel bienvenu pour de nombreux acteurs du secteur scientifique népalais. Un ministère des Sciences et de la Technologie avait initialement existé de manière autonome dès 1996, avant d'être absorbé en 2018, sous le gouvernement Oli, au sein du ministère de l'Éducation — une fusion qui avait alors dilué la visibilité politique et budgétaire accordée à la recherche scientifique au profit des priorités, plus vastes, de la politique éducative nationale.

Pendant ces huit années de rattachement, le secteur scientifique népalais a été marqué par un sous-investissement chronique : les dépenses de recherche et développement du pays sont longtemps restées inférieures à 0,3 % du PIB, un chiffre dérisoire comparé aux standards internationaux. Conséquence directe de cette situation, le Népal occupe aujourd'hui la 95ᵉ place de l'Indice mondial de l'innovation — loin derrière des voisins régionaux comme la Chine (4ᵉ), l'Inde (10ᵉ) ou la Corée du Sud (48ᵉ). Sur le plan académique, seule l'Université Tribhuvan parvient à figurer dans les classements universitaires mondiaux, et seulement à la 1000ᵉ place.


Un mandat large, presque tentaculaire

Sur le papier, les attributions confiées au nouveau ministère sont considérables. Il dispose de l'autorité pour élaborer les politiques, lois et normes relatives aux sciences, à la technologie et à l'innovation à l'échelle nationale. Sa compétence couvre également la recherche scientifique, les études liées aux sciences spatiales et à l'astronomie, ainsi que la négociation et la signature de traités et accords internationaux en matière scientifique et technologique, en coordination avec les organisations partenaires à l'étranger.

Le périmètre du ministère s'étend par ailleurs à des domaines hautement sensibles : la régulation des matériaux nucléaires et radioactifs, l'usage et le contrôle des technologies biologiques et nucléaires, l'étude de la couche d'ozone, la mesure du rayonnement solaire, ainsi que l'étalonnage et la vérification des équipements scientifiques et la régulation des substances chimiques. Le gouvernement a également placé sous sa responsabilité la gestion de l'énergie nucléaire et des matériaux associés — un mandat qui place ce jeune ministère au croisement de la recherche fondamentale, de la sécurité industrielle et de la diplomatie scientifique.


Une direction encore provisoire

Signe de la nouveauté de cette structure, c'est le Premier ministre Balendra Shah lui-même qui assume, à ce stade, la responsabilité directe du ministère, en l'absence de ministre dédié nommé à sa tête. Figure politique singulière dans le paysage népalais — ancien maire très populaire de Katmandou avant de devenir chef du gouvernement le 27 mars 2026 à la tête du Rastriya Swatantra Party —, Balendra Shah incarne une génération de dirigeants portée au pouvoir par une demande sociale de rupture avec les pratiques politiques traditionnelles.


Balendra Shah, ancien maire de Katmandou devenu Premier ministre du Népal en mars 2026, supervise actuellement lui-même le portefeuille du nouveau ministère des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation.

Né dans le sillage d'une révolte de la génération Z

Pour comprendre la portée symbolique de cette création ministérielle, il faut revenir sur le contexte politique explosif qui l'a précédée. En septembre 2025, le Népal a connu un soulèvement populaire d'une ampleur inédite, déclenché par l'interdiction soudaine de 26 réseaux sociaux, dont Facebook et YouTube — une décision qui a agi comme l'étincelle d'un brasier social alimenté depuis des années par le chômage massif des jeunes, le népotisme ambiant des élites politiques, et une corruption jugée endémique.

Ce mouvement, porté essentiellement par la génération Z népalaise, a fait tomber le gouvernement en place et conduit à la nomination, le 12 septembre 2025, de Sushila Karki — ancienne présidente de la Cour suprême — comme Première ministre d'un gouvernement intérimaire, une première historique pour une femme à ce poste au Népal. Sous sa direction, de nouvelles élections législatives ont été organisées le 5 mars 2026, débouchant sur l'arrivée au pouvoir de Balendra Shah quelques semaines plus tard. C'est dans la continuité directe de cette demande de renouvellement politique, exprimée avec force par une jeunesse connectée et exigeante, que s'inscrit la création de ce ministère dédié à la modernisation scientifique et technologique du pays.


Un budget encore modeste face à des ambitions élevées

Le budget alloué au nouveau ministère pour l'exercice fiscal 2083/84 (2026-2027 selon le calendrier népalais) s'élève à environ 4 milliards de roupies népalaises. Une enveloppe loin d'être négligeable pour une structure naissante, mais qui reste modeste au regard de l'ampleur des missions confiées et des standards internationaux recommandés par les experts du secteur, qui plaident depuis des années pour une allocation d'au moins 0,75 % du PIB national à la recherche scientifique et technologique.

Parmi les postes de dépenses notables figure le financement d'un observatoire astronomique au camp de base de l'Everest (Sagarmatha), destiné à promouvoir le tourisme astronomique — un projet qui a suscité son lot de débats quant à la pertinence de cet investissement comparé à d'autres priorités scientifiques plus structurantes. Le budget prévoit également un programme de bourses prestigieuses destiné à au moins 15 chercheurs népalais travaillant dans le domaine de l'intelligence artificielle et bénéficiant déjà d'une reconnaissance internationale, ainsi qu'un programme de renforcement de la recherche, de l'innovation et de l'entrepreneuriat scientifique.


L'ambition de l'intelligence artificielle souveraine

Au-delà du seul périmètre budgétaire de ce ministère, le gouvernement népalais a inscrit dans ses priorités plus larges la construction d'un « Centre de calcul souverain pour l'IA », à Syuchatar, dans la vallée de Katmandou — projet rattaché en partie au ministère de la Communication et des Technologies de l'information, illustrant la nécessaire coordination interministérielle que ce nouveau découpage administratif devra assurer pour porter ses fruits.

Le pays entend s'appuyer sur sa puissance hydroélectrique, l'une des principales ressources énergétiques renouvelables du Népal, pour alimenter ces futures capacités de calcul destinées à l'intelligence artificielle — une stratégie présentée comme un levier potentiel pour générer de l'emploi qualifié, des exportations numériques, et une transformation économique fondée sur les technologies de pointe.


Les trois maux chroniques que le ministère devra combattre

Les autorités népalaises elles-mêmes reconnaissent que le secteur scientifique et de la recherche du pays souffre, depuis longtemps, de trois maux structurels : un manque chronique de budget, une ambiguïté persistante des politiques publiques en matière scientifique, et un problème majeur de fuite des cerveaux, les talents scientifiques et techniques népalais les plus qualifiés choisissant fréquemment l'émigration plutôt que de poursuivre leur carrière dans un écosystème national jugé peu porteur.

C'est précisément en réponse à ces trois défis que le gouvernement justifie la création de cette structure ministérielle autonome, en misant sur l'idée qu'une institution dédiée, dotée d'un mandat clair et d'une visibilité politique propre, pourra enfin produire des résultats ciblés là où des décennies de rattachement à un grand ministère de l'Éducation n'y sont pas parvenues.


Une coordination interministérielle à bâtir

L'un des défis structurels les plus immédiats pour ce nouveau ministère réside dans sa capacité à articuler son action avec celle d'autres départements ministériels aux compétences connexes — en particulier le ministère de la Communication et des Technologies de l'information, avec lequel les responsabilités en matière de numérique, d'intelligence artificielle et d'infrastructures technologiques se recoupent largement. L'absence, à ce jour, d'une enveloppe budgétaire technologique consolidée au niveau national, les dépenses pertinentes étant dispersées entre plusieurs portefeuilles ministériels distincts, illustre la complexité de cette coordination encore à construire.


Consolider plutôt que se contenter d'exister

Au final, la création de ce ministère représente une étape institutionnelle nécessaire, mais clairement insuffisante en elle-même, pour répondre à l'ambition affichée de faire du Népal un acteur scientifique et technologique crédible à l'échelle régionale. La structure existe désormais ; reste à la doter de moyens humains et financiers à la hauteur de son mandat, à clarifier sa gouvernance — notamment en nommant un ministre dédié, à temps plein, plutôt que de laisser cette responsabilité cumulée avec celle, déjà considérable, du chef du gouvernement —, et à instaurer une coordination effective avec les autres pans de l'appareil d'État dont l'action touche, directement ou indirectement, au développement scientifique et technologique du pays.

C'est précisément cette phase de consolidation, plus que l'acte fondateur lui-même, qui déterminera si ce nouveau ministère parviendra à inverser durablement la marginalisation historique de la recherche scientifique népalaise — ou s'il rejoindra la longue liste des bonnes intentions institutionnelles restées, par manque de moyens et de continuité politique, largement lettre morte.

Fonte: Makaya enfo

Auteur

Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo

Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.

Sources et transparence

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