Science & Espace — Mai 2026
Artemis II a réussi son pari. Du 1er au 11 avril 2026, quatre astronautes ont survolé la Lune pour la première fois depuis Apollo 17 en 1972 — une étape historique qui a fait vibrer le monde entier. Mais cette mission n'était qu'un vol de test. La vraie question est désormais sur toutes les lèvres : quand les humains poseront-ils enfin le pied sur la surface lunaire ? La réponse est plus complexe qu'il n'y paraît.
Artemis II : ce qu'elle était — et ce qu'elle n'était pas
La surprise est venue le 27 février 2026, quand l'administrateur de la NASA Jared Isaacman a annoncé une refonte majeure du programme. Artemis III, prévue initialement comme premier alunissage habité, ne se posera pas sur la Lune. À la place, la mission — ciblée pour fin 2027 — consistera en un rendez-vous en orbite terrestre basse entre la capsule Orion et un ou deux atterrisseurs lunaires commerciaux : le Starship HLS de SpaceX et le Blue Moon de Blue Origin. C'est un test de jonction et d'arrimage, comparable à la mission Apollo 9 en 1969.
Pourquoi ce changement ? La NASA reconnaît que passer directement d'un survol lunaire à un alunissage est « un saut trop grand », et qu'elle ne peut pas se permettre un rythme de vol aussi risqué sur des véhicules aussi complexes.
Artemis IV — 2028 : le vrai retour sur la Lune
C'est Artemis IV, ciblée pour début 2028, qui est désormais désignée comme la première mission d'alunissage habité depuis Apollo. Dans ce scénario, un atterrisseur lunaire — Starship HLS ou Blue Moon — sera placé en orbite lunaire en avance. Orion rejoindra ensuite cet atterrisseur, et deux astronautes descendront sur la surface de la Lune pour y séjourner environ une semaine, avec au moins deux sorties extravéhiculaires.
La zone d'atterrissage ciblée est le pôle Sud lunaire, une région riche en glace d'eau et en ressources potentielles. Ce site est au cœur d'une rivalité directe avec la Chine, qui vise elle aussi un alunissage habité avant 2030. Si les délais américains continuent de glisser, les États-Unis pourraient arriver seconds sur la Lune pour la deuxième fois de leur histoire.
Le vrai problème : le ravitaillement orbital du Starship
Le principal facteur de risque dans tout ce calendrier est technique. Avant qu'un Starship HLS puisse atteindre la Lune, il doit être ravitaillé en carburant en orbite terrestre par plusieurs vaisseaux-citernes Starship — une opération cryogénique extrêmement complexe, encore jamais réalisée. Sans cette maîtrise, il n'y a pas d'alunissage possible.
Des documents internes de SpaceX ont révélé que l'entreprise elle-même n'envisageait pas un premier atterrissage lunaire non habité avant septembre 2028 au plus tôt — ce qui repousserait Artemis IV encore plus loin. La NASA s'est couverte en ouvrant la compétition à Blue Origin et son atterrisseur Blue Moon, afin de ne pas dépendre d'un seul fournisseur.
La NASA ne court pas seule. La Chine a affiché son ambition de poser des taikonautes sur la Lune avant 2030 dans le cadre de son programme lunaire national. Si les délais d'Artemis IV devaient encore glisser au-delà de 2028, Pékin pourrait transformer une course supposément gagnée d'avance en véritable duel géopolitique pour la maîtrise du pôle Sud lunaire et de ses ressources.
L'administrateur Isaacman a affiché sa confiance publiquement, mais la réalité de l'ingénierie spatiale impose sa propre loi. Ce qui est certain, c'est qu'Artemis II a prouvé que la capsule Orion fonctionne, que l'équipage humain peut aller au-delà de l'orbite basse — et que la Lune est à portée. Il reste à prouver qu'on peut s'y poser.
Fonte: Makaya enfo