Économie

La monnaie BRICS face au dollar américain, l’expansion du groupe et ses impacts économiques.

Par — Journaliste Makaya Enfo
La monnaie BRICS face au dollar américain, l’expansion du groupe et ses impacts économiques.

Le groupe BRICS, initialement formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, est devenu l’une des plateformes les plus importantes des économies émergentes. Depuis 2024, le bloc s’est élargi avec l’adhésion de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Iran, de l’Égypte et de l’Éthiopie. Cette expansion soulève de nombreuses questions sur l’avenir du dollar américain, la création éventuelle d’une monnaie commune BRICS et les conséquences économiques pour les membres actuels, les nouveaux membres et les pays qui ne font pas encore partie du groupe, comme Hayti.

La monnaie BRICS et la volonté de dédollarisation

L’idée d’une monnaie BRICS a émergé pour réduire la dépendance au dollar américain dans le commerce international et les transactions financières. Actuellement, environ 58 % des réserves de change mondiales et plus de 40 % du commerce international sont libellés en dollars (Banque des règlements internationaux, 2023). Les pays du BRICS souhaitent créer un système alternatif qui permettrait d’effectuer des échanges dans leurs propres monnaies ou via un mécanisme commun.

Cependant, les experts s’accordent à dire que la création d’une monnaie unique BRICS reste très complexe. Elle nécessiterait une forte convergence économique, une union bancaire et fiscale, ainsi qu’une harmonisation des politiques monétaires entre des pays aux réalités économiques très différentes (Council on Foreign Relations, 2024). Pour l’instant, les discussions portent davantage sur l’utilisation accrue des monnaies locales et le développement d’un système de paiement indépendant du SWIFT.

Avantages attendus d’une monnaie BRICS :

  • Réduction de la vulnérabilité aux sanctions américaines (exemple de la Russie).
  • Diminution des coûts de conversion et des risques de change.
  • Renforcement de la souveraineté monétaire des pays membres.

Inconvénients et défis :

  • Risque de domination de la Chine en raison de la taille de son économie.
  • Difficulté de gérer une monnaie commune entre des pays à inflation, croissance et gouvernance très différentes.
  • Perte potentielle de flexibilité monétaire pour les économies les plus fragiles.

Impacts économiques de l’expansion du BRICS

L’élargissement du BRICS a fait passer la part du groupe dans le PIB mondial à environ 28 % (en parité de pouvoir d’achat) et sa part dans le commerce mondial a augmenté de près de 5 % (Brics Economic Journal, 2025). Cette expansion crée à la fois des opportunités et des tensions.

Pour les membres actuels et nouveaux :

Avantages

  • Accès élargi aux marchés et aux ressources naturelles des nouveaux membres (pétrole saoudien et iranien, minerais éthiopiens, etc.).
  • Augmentation des investissements croisés et développement des infrastructures via la Nouvelle Banque de Développement (NDB).
  • Possibilité de contourner certaines sanctions occidentales et de diversifier les partenaires commerciaux.
  • Renforcement du poids géopolitique dans les négociations internationales.

Désavantages

  • Risque de fragmentation interne en raison de conflits d’intérêts (exemple : tensions entre l’Inde et la Chine).
  • Difficulté de coordination des politiques économiques entre des pays à des niveaux de développement très différents.
  • Possibilité de dépendance accrue vis-à-vis de la Chine.

Pour les pays non-membres (exemple des pays d’Amérique latine et des Caraïbes)

Les pays qui ne font pas partie du BRICS peuvent subir une concurrence accrue sur les marchés mondiaux, car les flux commerciaux et les investissements se réorientent vers le bloc. Cependant, ils peuvent aussi bénéficier indirectement de nouvelles opportunités d’exportation vers les pays BRICS ou de partenariats bilatéraux avec certains membres (Carnegie Endowment, 2025).

Hayti peut-elle intégrer le BRICS ?

L’adhésion au BRICS repose sur plusieurs critères implicites : taille économique, potentiel de croissance, stabilité politique et contribution stratégique au groupe. Hayti, avec un PIB d’environ 20 milliards de dollars et de nombreux défis structurels (instabilité politique, dette, insécurité), ne remplit actuellement pas les conditions nécessaires pour une adhésion directe.

Cependant, plusieurs scénarios sont envisageables à moyen ou long terme :

  • Partenariat stratégique : Hayti pourrait d’abord établir des relations bilatérales renforcées avec des membres comme le Brésil ou la Chine (via des projets d’infrastructures) avant d’envisager une adhésion.
  • Regroupement régional : Si les Caraïbes développent une coopération économique plus poussée, un bloc caribéen pourrait un jour demander un statut d’observateur ou de partenaire.
  • Conditions préalables : Une amélioration significative de la gouvernance, de la stabilité macroéconomique et une stratégie de développement claire seraient indispensables.

Avantages potentiels pour Hayti si elle intégrait le BRICS

  • Accès à des financements alternatifs via la Nouvelle Banque de Développement.
  • Diversification des partenaires commerciaux et réduction de la dépendance aux institutions occidentales.
  • Possibilité de recevoir des investissements dans les infrastructures, l’énergie et l’agriculture.

Risques

  • Perte de souveraineté économique en cas de domination chinoise.
  • Difficulté à respecter les engagements du groupe en matière de convergence économique.
  • Risque de marginalisation si les règles internes du BRICS deviennent trop exigeantes.

La création d’une monnaie BRICS reste un projet à long terme qui vise principalement à contester l’hégémonie du dollar américain. L’expansion du groupe renforce son poids économique mondial, mais elle crée aussi des défis internes de coordination. Pour les membres, les avantages en termes de commerce et d’influence géopolitique sont réels, tandis que les risques de dépendance et de conflits d’intérêts subsistent.

Quant à Hayti, une intégration immédiate semble peu probable. Le pays devrait d’abord renforcer sa stabilité et son économie avant de pouvoir envisager de rejoindre un tel bloc. Dans l’intervalle, Hayti peut explorer des partenariats bilatéraux avec les membres du BRICS afin de bénéficier de certaines opportunités sans adhésion formelle.

Fonte: Makaya Enfo

Auteur

Makaya Enfo — Journaliste Makaya Enfo

Journaliste culture et société. Couvre les événements artistiques et culturels du continent.

Sources et transparence

  • Sources citées dans le corps de l'article et informations vérifiées par la rédaction.
  • Article publié sous la responsabilité éditoriale de Makaya Enfo, avec vérification humaine avant publication.
  • Corrections: hayti@makayaenfo.com