Trump dit vouloir déclarer le détroit d'Ormuz « territoire américain » : ce que cette annonce change, et ce qu'elle ne peut pas changer.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
WASHINGTON — 15 août 2026
Vendredi 14 août, lors d'un meeting près de New York, Donald Trump a affirmé qu'une fois l'Iran « battu », il déclarerait le détroit d'Ormuz comme un « territoire des États-Unis ». Une déclaration prononcée avec un sourire, sous les applaudissements, et aussitôt relativisée par un haut responsable de la Maison-Blanche comme relevant de la plaisanterie. Téhéran, en revanche, n'a pas pris la formule à la légère. Voici ce que cette annonce signifie, dans quel contexte elle intervient, et ce que le droit international en dit.
Ce que Donald Trump a dit exactement
S'exprimant lors d'un rassemblement à Garden City, dans l'État de New York, le président américain a déclaré : une fois la victoire acquise contre l'Iran, il déclarerait bientôt le détroit d'Ormuz comme un territoire appartenant aux États-Unis. Il a formulé cette annonce avec un sourire, dans une ambiance de meeting où il a été chaleureusement applaudi.
Ce n'était pas la première fois que le président américain revendiquait une forme de contrôle sur ce passage maritime. Quelques jours plus tôt, le 11 août, il avait déjà affirmé que les États-Unis exerçaient un « contrôle total » sur le détroit, ajoutant que l'Iran, selon lui, n'en avait aucun. Le lendemain, sur son réseau Truth Social, il avait écrit qu'il pensait que les États-Unis allaient « le garder ». La déclaration de vendredi constitue donc une escalade rhétorique supplémentaire dans cette série d'affirmations, passant de la revendication d'un contrôle opérationnel à celle, plus radicale, d'une appropriation territoriale formelle.
Selon le journaliste Brian Schwartz, du Wall Street Journal, un haut responsable de la Maison-Blanche a indiqué que le président « plaisantait » lorsqu'il évoquait la transformation d'Ormuz en territoire américain.
La réponse immédiate de Téhéran
Cette précision n'a pas suffi à apaiser la réaction iranienne. Dès le lendemain matin, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a répliqué sur le réseau social X, affirmant que le détroit d'Ormuz « a été iranien, est iranien et restera iranien », et qu'il ne serait ouvert ou fermé que sur décision de l'Iran. Il a ajouté que ce détroit ne pouvait être « pris d'assaut » ni par une publication sur les réseaux sociaux, ni par un porte-avions, ni par un décret présidentiel, ni par un discours de meeting électoral, tant que les États-Unis, selon ses mots, refuseraient d'accepter la réalité de leur défaite.
Le contexte : un détroit verrouillé depuis six mois
Cette passe d'armes verbale s'inscrit dans un conflit qui dure depuis près de six mois. La crise du détroit d'Ormuz a débuté le 28 février 2026, à la suite de frappes militaires conjointes américano-israéliennes contre l'Iran, qui ont notamment coûté la vie au Guide suprême iranien, Ali Khamenei. En représailles, l'Iran a mené des attaques de missiles et de drones contre des bases américaines, le territoire israélien et plusieurs États du Golfe, tandis que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a averti les navires de ne pas emprunter le détroit, provoquant un arrêt quasi total du trafic maritime dans cette voie par laquelle transite, en temps normal, environ un cinquième du pétrole mondial.
Une tentative de cessez-le-feu, négociée à la mi-juin, s'est effondrée au cours de l'été, les hostilités ayant repris début juillet. Depuis, le détroit reste verrouillé par Téhéran, qui pose des conditions strictement définies à sa réouverture : la fin définitive de la guerre, la levée du blocus imposé par Washington sur les ports iraniens depuis juillet, et une indemnisation intégrale des dommages causés par le conflit déclenché en février. Les Gardiens de la révolution ont affirmé début août considérer désormais le détroit comme « un théâtre de guerre » plutôt que comme une simple voie maritime, et ont réaffirmé leur intention de le maintenir fermé tant que l'ensemble de leurs conditions ne serait pas satisfait par Washington.
Sur le terrain, la situation reste tendue : selon des informations rapportées début août, seuls huit navires ont réussi à emprunter le détroit en une seule journée, un chiffre dérisoire par rapport au trafic habituel, et les forces américaines ont ouvert le feu sur un navire qui tentait de forcer le blocus imposé aux ports iraniens.
Les enjeux économiques et diplomatiques de cette impasse
Cette paralysie du détroit inquiète bien au-delà des deux belligérants directs. Les monarchies du Golfe, dont les exportations pétrolières transitent en grande partie par cette voie, font de sa stabilisation une priorité absolue pour la sécurité de leurs propres économies. La Chine et l'Union européenne, toutes deux fortement dépendantes des flux pétroliers de la région, exercent de leur côté une pression diplomatique sur les deux parties pour obtenir des garanties de réouverture. Selon plusieurs analyses, Téhéran chercherait à se servir de cette crise comme d'un levier pour rééquilibrer le rapport de force diplomatique avec Washington, tandis que l'administration américaine chercherait à afficher une posture de fermeté tout en évitant un embrasement militaire généralisé.
Interrogé sur la situation économique iranienne dans une interview accordée au média Axios, Donald Trump a affirmé que les États-Unis se contentaient d'observer, à distance, un pays confronté à une inflation galopante, une économie qu'il a qualifiée de très mauvais état, et un risque, selon lui, de ne plus pouvoir payer ses propres troupes.
Pourquoi une telle déclaration n'a, en l'état, aucune portée juridique
Sur le plan strictement légal, l'idée d'une « déclaration » unilatérale de souveraineté américaine sur le détroit d'Ormuz se heurte à un obstacle géographique et juridique difficilement contournable : ce bras de mer stratégique est entièrement bordé par les eaux territoriales de l'Iran et d'Oman, sans qu'aucun point du territoire américain ne s'en approche. En droit international coutumier de la mer, un détroit utilisé pour la navigation internationale entre deux portions de haute mer, comme c'est le cas d'Ormuz entre le golfe Persique et le golfe d'Oman, est soumis à un régime de libre passage en transit, garanti à tous les États, et non à la souveraineté exclusive d'un pays tiers extérieur à la région.
C'est précisément ce que rappelle, en creux, la réponse du vice-ministre iranien des Affaires étrangères : aucun mécanisme du droit international ne permet à un pays de revendiquer la souveraineté territoriale d'un détroit bordé par les côtes d'autres États, quelle que soit l'issue militaire du conflit en cours. C'est également ce qui explique pourquoi la déclaration de Donald Trump a été présentée, du côté de son propre camp, comme une formule de meeting plutôt que comme une annonce de politique étrangère engageant formellement l'administration américaine.
Et maintenant ?
Au-delà de sa portée symbolique, cette déclaration illustre surtout la persistance d'une impasse diplomatique autour du détroit d'Ormuz, désormais fermé depuis près de six mois. Les négociations engagées début août entre Washington et Téhéran, qualifiées par certains observateurs de « décisives », ne semblent pas, à ce stade, avoir permis de rapprocher les positions des deux parties sur les conditions concrètes d'une réouverture. Tant que ce blocage perdurera, la rhétorique de plus en plus affirmée employée par le président américain sur le contrôle du détroit devrait continuer à se heurter au refus tout aussi catégorique exprimé par les autorités iraniennes.
Fonte: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
Sources et transparence
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