Jeudi 25 juin 2026 — Caracas, Venezuela
Le séisme le plus puissant à frapper le Venezuela depuis plus d'un siècle a fait au moins 164 morts et environ 1 000 blessés, selon un bilan provisoire revu à la hausse jeudi matin par les autorités. Deux secousses majeures, de magnitude 7,2 puis 7,5, ont ravagé mercredi soir la région côtière proche de Caracas, provoquant l'effondrement de nombreux immeubles. La communauté internationale, États-Unis en tête, s'est immédiatement mobilisée pour venir en aide au pays.
Vue aérienne de Caracas, capitale du Venezuela, durement frappée mercredi soir par le séisme le plus puissant enregistré dans le pays depuis plus de cent ans.

Un bilan qui s'alourdit dramatiquement
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, a annoncé jeudi matin un bilan provisoire de 164 morts et environ 1 000 blessés, une révision spectaculaire par rapport au précédent décompte de 32 morts et 700 blessés communiqué quelques heures plus tôt. La dirigeante a précisé qu'une trentaine de répliques avaient été enregistrées depuis le double séisme initial, entretenant une atmosphère de peur diffuse dans tout le pays.
Le séisme le plus puissant depuis plus d'un siècle
Selon l'Institut géologique américain (USGS), une première secousse de magnitude 7,2 s'est produite mercredi à 18 h 04, heure locale, à environ 200 kilomètres à l'ouest de Caracas, à proximité de la communauté côtière de Morón. À peine une minute plus tard, une seconde secousse, bien plus puissante encore, de magnitude 7,5, a frappé à environ 45 kilomètres de là, à une profondeur de seulement 10 kilomètres — un facteur qui amplifie considérablement les dégâts en surface.
Selon l'USGS, il s'agit du séisme le plus puissant à toucher le Venezuela en plus d'un siècle, le précédent record remontant à un tremblement de terre de magnitude estimée à 7,7, survenu le 29 octobre 1900 au large des côtes, au nord-est de Caracas. L'onde de choc de ce double séisme a été ressentie jusque dans des villes situées à près de 1 700 kilomètres de la capitale vénézuélienne, en Amazonie brésilienne, où des immeubles ont également dû être évacués par précaution.
La région de La Guaira, épicentre de la catastrophe
La zone la plus durement touchée se trouve dans l'État de La Guaira, au nord de Caracas, où se concentrent à la fois l'aéroport international du pays et plusieurs villes côtières densément peuplées. L'aéroport international Simón Bolívar de Maiquetía a dû être fermé en raison de dommages structurels importants, une décision qui complique sérieusement l'acheminement rapide de l'aide humanitaire internationale. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient des pans de plafond du terminal s'effondrer, provoquant la fuite paniquée des passagers présents sur place.
La ville côtière de Catia La Mar, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Caracas, a particulièrement souffert : plusieurs immeubles s'y sont effondrés, plongeant la localité dans le noir en raison des coupures d'électricité généralisées. Une journaliste de l'AFP présente sur place a décrit des habitants déblayant à mains nues les décombres, à la lueur de lampes torches, en criant le nom de leurs proches pris au piège sous les gravats.
Des scènes de panique et de solidarité à Caracas
Dans la capitale elle-même, des immeubles ont oscillé violemment, provoquant l'évacuation paniquée de leurs habitants. Des colonnes de poussière se sont élevées dans plusieurs quartiers de la ville, où se trouvent commerces et restaurants habituellement très fréquentés. De nombreux Caraquègnes sont restés dans la rue pendant des heures, certains assis au sol, serrant leurs animaux de compagnie contre eux tandis que la poussière s'accumulait autour d'eux. Plusieurs quartiers de la capitale ont perdu l'électricité et la couverture de téléphonie mobile.
Carmen Guédez, 69 ans, se trouvait au chevet de sa sœur malade lorsque le sol a commencé à trembler. « L'intensité n'a cessé d'augmenter », a-t-elle raconté à l'AFP. « J'ai commencé à voir les fenêtres se mettre à bouger, puis tout s'est mis à secouer. Ma sœur, une voisine et moi, nous sommes restées serrées les unes contre les autres, nous ne pouvions pas sortir. » Un autre habitant, Larry Rojas, 49 ans, a confié, debout devant un tas de décombres où se trouvaient des proches ensevelis : « Il ne nous reste plus rien. Pour l'instant, nous n'avons rien, pas même la force ni le courage d'entrer là-dedans. »
Les secours s'organisent dans tout le pays, où une trentaine de répliques ont déjà été enregistrées depuis le double séisme initial de mercredi soir.

Une mobilisation internationale d'ampleur
Face à l'ampleur de la catastrophe, l'organisme américain USGS a publié une alerte particulièrement alarmante via son système d'évaluation Pager, prévenant qu'« un nombre élevé de victimes et des dégâts considérables sont probables, et la catastrophe risque d'être étendue », en précisant que de précédentes alertes de ce niveau avaient nécessité une intervention nationale ou internationale d'urgence.
La réponse de la communauté internationale n'a pas tardé. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a annoncé que Washington allait « immédiatement » déployer des secouristes et de l'aide humanitaire au Venezuela. Les Pays-Bas ont annoncé l'envoi d'une équipe de secours USAR (Urban Search and Rescue), accompagnée de chiens de recherche et de matériel spécialisé, soulignant l'urgence de la situation compte tenu de la proximité géographique du Venezuela avec les territoires néerlandais des Caraïbes. Le président français Emmanuel Macron a pour sa part annoncé l'envoi immédiat d'une équipe de 85 secouristes français spécialisés en sauvetage-déblaiement. L'Inde, la Chine et plusieurs autres nations ont également proposé leurs services.
Une catastrophe naturelle qui frappe un pays déjà en pleine transition politique
Cette catastrophe survient dans un contexte politique vénézuélien déjà extrêmement chargé. Depuis le 3 janvier 2026, le Venezuela traverse une période de transition inédite après l'opération militaire américaine ayant conduit à la capture du président Nicolás Maduro, désormais détenu aux États-Unis pour des accusations présumées de trafic de drogue. C'est dans ce contexte que Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente et figure de confiance de l'ex-président, a prêté serment comme présidente par intérim — devenant la première femme à exercer les pouvoirs présidentiels dans l'histoire du Venezuela —, tout en continuant de revendiquer que Maduro demeure, selon elle, le président légitime du pays.
C'est donc un Venezuela déjà fragilisé sur le plan institutionnel, et dont l'économie reste sous tension après des années de crise et de sanctions internationales, qui doit désormais faire face à l'une des plus graves catastrophes naturelles de son histoire récente. Dans son message à la nation, Delcy Rodríguez a appelé la population à « rester calme », tout en confirmant la suspension des cours dans les écoles pour plusieurs jours afin de concentrer les ressources de l'État sur la gestion de la crise.
Une nuit sous tente pour des milliers de Vénézuéliens
Par crainte de nouvelles répliques, de nombreux habitants ont choisi de passer la nuit de mercredi à jeudi à l'extérieur, installant des tentes de fortune sur des terrains publics plutôt que de regagner des logements jugés potentiellement instables. Une correspondante sur place a souligné la résilience dont font preuve les Vénézuéliens face à cette épreuve : « Je vois une grande vague de solidarité. Les gens sont restés très calmes, certains sont directement allés fouiller dans les décombres », a-t-elle rapporté, décrivant une capitale réveillée « hagarde », où l'urgence est désormais de déblayer les gravats, de compter les victimes et de rassurer les proches encore sans nouvelles.
Les opérations de secours s'intensifient
Avec un bilan qui continue de s'alourdir au fil des heures et des informations encore manquantes concernant l'ampleur exacte des dégâts dans l'État de La Guaira — la région la plus durement touchée, selon les autorités elles-mêmes —, la situation reste extrêmement évolutive. Les équipes de secours vénézuéliennes, renforcées dans les prochains jours par les contingents internationaux en cours de déploiement, font face à une course contre la montre pour localiser d'éventuels survivants sous les décombres, dans un pays dont les infrastructures de secours ont été fragilisées par des années de crise économique et politique.
Le nombre de victimes, déjà multiplié par cinq en l'espace d'une nuit entre les deux bilans communiqués, pourrait malheureusement continuer à augmenter dans les prochains jours, à mesure que les opérations de déblaiement progressent dans les zones les plus sinistrées du pays.
