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Pourquoi autant d'hypocrisie dans le football ? Les joueurs iraniens ne peuvent même pas passer un jour sur le territoire américain — et la FIFA ne dit rien.

Par — Chroniqueur Makaya Enfo
Pourquoi autant d'hypocrisie dans le football ? Les joueurs iraniens ne peuvent même pas passer un jour sur le territoire américain — et la FIFA ne dit rien.

"Les joueurs iraniens ont leurs visas — mais ils doivent entrer aux États-Unis le matin du match et en repartir le soir même. Quinze membres du staff, dont le président de la fédération, se sont vus refuser tout accès. Et la FIFA ? Elle « se réjouit » de voir tout le monde participer. C'est le Mondial le plus politisé de l'histoire, et l'instance mondiale du football regarde ailleurs — parce que c'est l'Amérique."

Pourquoi autant d'hypocrisie dans le football ? Les joueurs iraniens ne peuvent même pas passer un jour sur le territoire américain — et la FIFA ne dit rien

Imaginez la scène. Une équipe nationale qualifiée pour la Coupe du monde arrive dans la ville qui accueille son match en avion, le matin du jour J. Elle joue. Elle gagne ou elle perd. Et le soir même, elle reprend l'avion pour rentrer dans son camp de base situé dans un pays étranger — parce qu'elle n'a pas le droit de passer une nuit sur le sol du pays organisateur. Non pas parce que ses joueurs ont commis un crime. Non pas parce qu'une menace sécuritaire précise a été identifiée contre eux. Mais parce qu'un président leur a refusé ce droit.

Ce n'est pas un scénario fictif. C'est la réalité de l'équipe nationale iranienne à la Coupe du monde 2026 — officiellement organisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada.

Et la FIFA, l'institution qui se présente comme le gardien du football mondial, celle qui menace les clubs de suspension pour "interférence politique" et qui a chassé des équipes pour avoir chanté de mauvais hymnes, regarde ailleurs. Elle « se réjouit » que tout le monde participe. Elle « maintient le calendrier prévu ». Elle remercie Infantino d'avoir rencontré Trump.

C'est la capitulation sportive la plus honteuse depuis des décennies.

L'équipe nationale iranienne s'est entraînée pendant 15 jours à Antalya, en Turquie, dans l'incertitude totale quant à l'obtention de ses visas. Elle a décollé pour Tijuana au Mexique sans une partie de son encadrement.

Ce qui s'est passé — les faits bruts

Retournons aux faits, parce qu'ils sont suffisamment accablants sans avoir besoin d'être exagérés.

Décembre 2025 : le tirage au sort sans l'Iran. Les États-Unis refusent des visas à plusieurs membres de la délégation iranienne pour la cérémonie du tirage au sort à Washington. Parmi les recalés : Mehdi Taj, président de la Fédération iranienne de football. L'Iran boycotte la cérémonie. La FIFA, qui exige habituellement une présence de toutes les fédérations à ses événements officiels, n'applique aucune sanction contre les États-Unis — pays organisateur et responsable du refus.

Mars 2026 : les matchs au Mexique refusés. La fédération iranienne demande formellement à la FIFA que ses trois matchs de phase de groupes — prévus à Los Angeles (contre la Nouvelle-Zélande et la Belgique) et à Seattle (contre l'Égypte) — soient délocalisés au Mexique, où l'Iran peut se déplacer normalement. La FIFA répond qu'elle « se réjouit » de voir toutes les sélections « disputer le tournoi conformément au calendrier des matchs annoncés le 6 décembre 2025 ». Traduction : non. Sans explication. Sans compensation. Sans sanction contre les États-Unis.

Juin 2026 : les visas accordés — mais pour quelques heures seulement. La veille du départ de l'équipe, les États-Unis confirment que les joueurs ont leurs visas. La bonne nouvelle dure peu. L'ambassadeur iranien au Mexique, Abolfazl Pasandideh, précise aussitôt la réalité : « Nous pouvons entrer dans la matinée et nous devons repartir le jour même. » Entrer le matin. Jouer. Partir le soir. Pas de nuit sur le sol américain. Pas d'entraînement préalable dans la ville hôte. Pas d'acclimatation. Pas de récupération dans l'hôtel d'équipe comme toutes les autres sélections.

Juin 2026 : le staff laissé au sol. Et ce n'est pas tout. Quinze membres de l'encadrement technique et administratif de l'Iran se sont vus refuser leurs visas. Parmi eux, selon plusieurs médias iraniens : le président de la fédération Mehdi Taj, l'attaché de presse officiel de l'équipe, des conseillers techniques, du personnel médical. L'équipe a décollé de Turquie sans eux.

L'ambassade d'Iran en Turquie l'a formulé sans détour sur le réseau social X : « Plus haut niveau de traitement discriminatoire intentionnel. »

Et le porte-parole de la fédération iranienne a posé la question à laquelle personne n'a répondu : « Si le manager et l'attaché de presse ne sont pas présents, qui est censé assister à la réunion de coordination d'avant-match ? »

L'Estadio Caliente de Tijuana — domicile des Xolos de Tijuana — accueille l'Iran comme camp de base pendant tout le Mondial. Une ville frontalière mexicaine, à quelques kilomètres des États-Unis, où l'équipe iranienne doit dormir, s'entraîner et vivre — avant de traverser la frontière le jour du match, puis de revenir.

Ce que disent les statuts de la FIFA — et ce qu'elle en fait

La FIFA a des textes. Elle les agite régulièrement. Alors lisons-les.

L'article 4 des statuts de la FIFA interdit toute discrimination fondée sur la nationalité, l'origine nationale ou sociale. L'article 13 impose aux associations membres de « se conformer aux statuts, règlements, directives et décisions de la FIFA ». La FIFA a également des obligations spécifiques envers les équipes participantes en termes de conditions d'accueil équitables — accès aux installations d'entraînement, hébergement, logistique médicale — qui s'appliquent au pays organisateur.

En clair : les États-Unis, en tant que co-organisateurs, ont l'obligation contractuelle et statutaire de garantir à toutes les sélections participantes les mêmes conditions d'accueil. Refuser à l'Iran de dormir sur le territoire américain. Refuser des visas à son encadrement. Imposer une logistique de va-et-vient transfrontalier que nulle autre équipe n'a à subir.

C'est une violation caractérisée des statuts de la FIFA. Ce n'est pas une interprétation militante. C'est ce qu'écrit Carole Gomez, chercheuse en géopolitique du sport à l'Université de Lausanne : la FIFA « est très regardante sur la non-ingérence du pouvoir politique dans les fédérations ». Sauf, visiblement, quand ce pouvoir politique s'appelle Washington.


La FIFA et le Qatar : rappel douloureux

Pour mesurer l'hypocrisie dans toute son ampleur, il faut remonter à 2022 et au Mondial au Qatar.

Pendant des années avant le tournoi, la FIFA a laissé se développer une pression internationale sans précédent sur l'organisation qatarienne. Droits des travailleurs migrants. Condition des femmes. Droits LGBTQ+. La FIFA a finalement imposé au Qatar des concessions sur l'alcool, des engagements sur les droits des travailleurs, des discussions interminables sur le brassard "One Love". Elle a menacé des équipes européennes de cartons jaunes si leurs capitaines portaient un brassard arc-en-ciel. Elle s'est impliquée dans chaque détail politique du tournoi.

Résultat ? Un Mondial qui a quand même eu lieu au Qatar. Avec des sponsors contents. Et Infantino qui prononce un discours d'ouverture dans lequel il se sent « aujourd'hui qatarien, arabe, africain, gay, handicapé et travailleur immigré ».

Maintenant, en 2026 : l'administration Trump impose à une équipe participante des conditions d'accueil inégales et humiliantes, viole les obligations du pays organisateur, refuse des visas à des officiers sportifs accrédités, et contraint une délégation à traverser une frontière internationale le matin de chaque match comme des frontaliers.

Réaction de la FIFA ? Un communiqué qui dit se « réjouir » de voir les équipes participer. Aucune sanction. Aucune procédure. Aucun rappel à l'ordre. Aucune conférence de presse d'Infantino pour s'indigner.

Demandez-vous pourquoi.


La réponse est dans le FIFAGate

L'explication du silence de la FIFA n'est pas difficile à trouver. Elle s'appelle le FIFAGate.

En 2015, le Département de justice américain a ouvert une enquête colossale sur la corruption au sein de la FIFA. Des dizaines de dirigeants ont été inculpés, certains arrêtés, plusieurs condamnés. Les États-Unis ont utilisé leur juridiction sur les transactions en dollars pour se donner compétence sur une organisation basée en Suisse. C'est cette enquête qui a finalement fait tomber Sepp Blatter et ouvert la voie à Gianni Infantino.

La FIFA doit sa survie institutionnelle — et sa réforme de façade — à la justice américaine. Ce n'est pas un détail. C'est la structure de la relation de pouvoir entre Washington et Zurich depuis onze ans. Et Infantino, depuis son élection, n'a jamais caché son alignement. Il a déménagé des services clés de la FIFA à Miami. Il a attribué le Mondial 2026 aux États-Unis avec des conditions que ni la Russie en 2018 ni le Qatar en 2022 n'avaient obtenues. Il a rencontré Trump à la Maison Blanche pour lui extorquer une déclaration selon laquelle l'Iran était « la bienvenue ».

Et quand Trump a ensuite ajouté que les joueurs iraniens « ne seraient pas en sécurité » sur le sol américain — sans préciser de quelle menace il parlait, sans nommer un seul suspect, sans fournir un début de preuve — Infantino s'est tu.

Les principes de la FIFA ont un prix. Ce prix, c'est l'amitié américaine.


Trump, l'arbitre de la compétition

Ce qui rend la situation particulièrement grotesque, c'est la séquence des déclarations de Donald Trump sur l'Iran et le Mondial — un catalogue de contradictions que la FIFA a avalées sans sourciller.

Trump déclare d'abord qu'il « ne se préoccupe pas » de la participation de l'Iran. Puis, après l'intervention d'Infantino, il annonce que l'Iran est « la bienvenue ». Puis il déclare que les joueurs iraniens « ne seront pas en sécurité » sur le territoire américain. Puis son administration délivre des visas aux joueurs — mais pas au staff — avec la restriction d'entrer et de repartir le jour même.

À quel moment précis les États-Unis ont-ils décidé que les joueurs eux-mêmes étaient sûrs mais que leur directeur technique ne l'était pas ? À quel moment a-t-on déterminé que le médecin de l'équipe représentait une menace pour la sécurité nationale américaine, mais pas l'attaquant Mehdi Taremi ? Ces distinctions sont arbitraires, politiques, et non fondées sur le moindre critère sportif.

Et Andrew Giuliani, coordinateur de la Maison Blanche pour le Mondial, a résumé la philosophie de l'administration avec une franchise glaçante : « Nous voulons que cette Coupe du monde se déroule en toute sécurité. Mais il serait stupide, compte tenu de la situation actuelle en Iran, de s'attendre à ce que nous ouvrions simplement nos frontières. »

Traduction : les règles du football mondial s'appliquent à tous — sauf quand nous décidons qu'elles ne s'appliquent pas. Et la FIFA a dit : très bien.


Le "match des fiertés" : l'hypocrisie dans les deux sens

Pour compléter le tableau, il faut parler du "Pride Match" de Seattle.

La ville de Seattle a décidé de désigner le match Iran-Égypte du 27 juin comme « match des fiertés » LGBTQ+, avec des drapeaux arc-en-ciel, de la signalétique dédiée et une mise en scène thématique. Les fédérations iranienne et égyptienne ont protesté vigoureusement, dénonçant une ingérence politique dans un événement sportif.

La FIFA a maintenu le match à Seattle. Elle n'a pas sanctionné la ville hôte pour cette ingérence politique dans le tournoi.

Voici donc le tableau complet de la cohérence FIFA en 2026 :

Ingérence politique acceptable : imposer une thématique LGBTQ+ à deux équipes qui n'en veulent pas, au mépris de leurs objections formelles.

Ingérence politique inacceptable : quand une fédération africaine ou asiatique change son président sans passer par les procédures FIFA.

Non-discrimination applicable : pour les brassards arc-en-ciel en 2022, sous peine de sanctions.

Non-discrimination non applicable : pour les visas refusés à la délégation iranienne en 2026, sans la moindre procédure.


Si c'était une autre équipe, que se serait-il passé ?

Posons la question franchement. Imaginez que ce soit le Brésil qui se soit vu refuser des visas pour son staff lors d'un Mondial en Arabie Saoudite. Ou l'Angleterre en Chine. Ou l'Allemagne en Russie. Imaginez que ces sélections aient dû entrer sur le territoire hôte uniquement le jour du match, en aller-retour le même jour, sans entraînement préalable.

La FIFA aurait convoqué une réunion d'urgence. Les médias internationaux auraient couvert le scandale en boucle. Des avocats auraient déposé des recours. Des sponsors auraient menacé de retirer leur soutien. Des appels à la délocalisation du tournoi auraient fusé.

Pour l'Iran ? Des communiqués polis. Des appels à la « compréhension mutuelle ». Et la roue du Mondial qui continue de tourner.

La différence de traitement est tellement évidente qu'elle ne mérite même pas d'être argumentée. Elle se regarde en face.


Ce que vivent les joueurs iraniens

Dans tout ce bruit diplomatique et institutionnel, il y a des êtres humains. Des footballeurs professionnels qui se sont qualifiés sportivement. Qui ont joué leurs matchs de qualification, gagné leurs places, respecté toutes les règles du jeu. Des joueurs comme ceux de n'importe quelle autre sélection.

Ces joueurs-là ont passé des semaines en Turquie, dans l'incertitude totale de savoir s'ils allaient pouvoir participer. Leur pays était bombardé pendant leur stage de préparation — leur championnat national a été suspendu à cause du conflit armé. Ils ont quand même joué des amicaux, battu la Gambie 3-1 et le Mali 2-0, maintenu leur cohésion d'équipe dans des circonstances extraordinaires.

Et le cadeau qu'on leur offre pour récompenser cette résistance et cette dignité sportive, c'est : vous pouvez jouer, mais partez le soir même. Votre staff ne peut pas venir. Votre président de fédération n'a pas de visa. Dormez de l'autre côté de la frontière.

Ce n'est pas du sport. C'est de l'humiliation institutionnalisée.


Le silence qui en dit long

La FIFA a des règles contre les déclarations politiques des joueurs sur le terrain. Elle sanctionne les fédérations pour des tenues non conformes. Elle a des procédures disciplinaires pour les comportements non sportifs. Elle surveille l'accès des gouvernements aux fédérations nationales avec une vigilance féroce — en théorie.

Mais quand un gouvernement décide, souverainement et politiquement, des conditions dans lesquelles une sélection nationale peut participer à sa Coupe du monde — quand il décide qui peut avoir un visa et pour combien d'heures — la FIFA se tait.

Ce silence n'est pas neutre. Il est un choix. Un choix qui dit clairement : les statuts de la FIFA s'appliquent à tout le monde, sauf aux puissants. Les principes de non-discrimination s'appliquent à tout le monde, sauf aux organisateurs qui ont les moyens de faire peur à la FIFA. L'égalité de traitement entre les sélections s'applique à tout le monde, sauf quand le président des États-Unis décide autrement.

La Coupe du monde 2026 s'ouvre dans quelques jours. Les stades seront pleins. Les audiences télévisées seront records. Les sponsors seront contents. Et quelque part entre Tijuana et Los Angeles, une équipe traversera une frontière le matin d'un match de football mondial, jouera ses 90 minutes, et retraversera la frontière avant la nuit.

La FIFA appellera ça une réussite. On appellera ça ce que c'est.


« Pourquoi ne dites-vous pas que les visas ont été refusés à une grande partie du personnel de direction et d'encadrement, à des conseillers techniques et d'autres personnes qui font partie intégrante de l'équipe nationale ? »

— Ambassade d'Iran en Turquie, communiqué officiel, juin 2026


« On a l'impression que la FIFA ne suit pas ses règles. »

— Carole Gomez, chercheuse en géopolitique du sport, Université de Lausanne, juin 2026


« Les dérogations accordées à l'Oncle Sam n'ont aucun équivalent dans l'histoire récente. Ni la Russie 2018 ni le Qatar 2022 n'avaient bénéficié d'autant de passe-droits. »

— Analyse de la situation, presse sportive francophone, mai 2026


La chronologie de l'indignité

DateÉvénementRéaction FIFA
Déc. 2025Visas refusés à la délégation iranienne pour le tirage au sortAucune sanction contre les USA
Déc. 2025Iran boycotte la cérémonie du tirage au sortAucune procédure contre les USA
Mars 2026Iran demande le déplacement de ses matchs au MexiqueFIFA refuse, maintient le calendrier
Mars 2026Trump dit que l'Iran « ne sera pas en sécurité »Infantino remercie Trump
Juin 202615 membres du staff iranien refusésSilence
Juin 2026Visas accordés : entrée et sortie le jour mêmeFIFA « se réjouit »
27 juinMatch Iran-Égypte à Seattle baptisé "Pride Match"Aucune sanction contre Seattle

Fonte: Makaya enfo

Auteur

Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo

Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.

Sources et transparence

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  • Article publié sous la responsabilité éditoriale de Makaya Enfo, avec vérification humaine avant publication.
  • Corrections: hayti@makayaenfo.com