Ormuz : l'Iran maintient le détroit fermé malgré des discussions avancées avec Oman sur un corridor temporaire.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
TÉHÉRAN — 26 août 2026
Près de six mois après le déclenchement de la guerre entre l'Iran, Israël et les États-Unis, le détroit d'Ormuz reste largement paralysé. Téhéran et Mascate ont pourtant engagé, ces derniers jours, des discussions concrètes sur la mise en place d'un corridor de navigation temporaire et sur le déminage de ce passage stratégique. Mais l'Iran a prévenu mercredi que cette voie maritime, par laquelle transitait avant-guerre un cinquième du pétrole mondial, ne serait pas rouverte tant que les États-Unis n'auraient pas mis fin à la guerre.
Ce que prévoit le projet de corridor discuté avec Oman
Les ministres des Affaires étrangères iranien et omanais, Abbas Araghchi et Sayyid Badr Albusaidi, se sont rencontrés mardi à Téhéran pour discuter d'une approche progressive de gestion du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Selon un communiqué conjoint publié à l'issue de cette rencontre, les deux parties ont examiné un cadre échelonné destiné à fournir une base pratique et applicable pour avancer sur ce dossier.
Ce cadre prévoit, dans un premier temps, la création d'un « corridor de navigation temporaire conjoint » à travers le détroit, ainsi qu'un projet de déminage de cette voie maritime. Des négociations ultérieures devront ensuite déterminer les modalités d'un corridor de navigation permanent et de la gestion future du détroit, ainsi qu'un mécanisme de partage d'informations, de gestion du trafic et de fourniture de services de navigation et de sécurité. Le ministre omanais des Affaires étrangères a indiqué, sur le réseau social X, espérer que les deux pays puissent annoncer prochainement ce corridor temporaire, précisant que la gestion future du détroit et une solution permanente suivraient en temps voulu.
Ces échanges ne sont pas les premiers du genre : dès avril 2026, des discussions à l'échelle des vice-ministres des Affaires étrangères avaient déjà eu lieu entre les deux pays pour examiner les options permettant d'assurer un passage fluide des navires dans le détroit, dans le contexte de blocage imposé par Téhéran depuis le début du conflit.
Les conditions posées par l'Iran pour une réouverture effective
Malgré ces avancées techniques, Téhéran a tenu à rappeler mercredi que la réouverture du détroit restait conditionnée à des exigences politiques bien plus larges que le seul dossier du déminage. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a averti sur X que toute action visant à rouvrir le détroit d'Ormuz devait être précédée par la mise en œuvre intégrale, par les États-Unis, de l'ensemble des engagements que Washington aurait violés. Il a appelé les États-Unis à mettre fin à la guerre, à lever leur blocus, et à résoudre la situation au Yémen — un pays lui-même happé depuis juillet dans le conflit régional plus large, après que les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, ont rompu la trêve conclue en 2022 avec le gouvernement yéménite internationalement reconnu.
Un désaccord persistant sur l'état réel du déminage
Le dossier du déminage illustre à lui seul la défiance persistante entre les deux camps. Le président américain Donald Trump avait affirmé, sur son réseau Truth Social, que l'ensemble des mines avaient été retirées ou détonées dans les eaux internationales du détroit d'Ormuz, en s'appuyant sur des informations de la marine américaine. Kazem Gharibabadi a rejeté cette affirmation mercredi, la qualifiant de manœuvre de désinformation, tout en avertissant que l'Iran continuerait de cibler toute tentative de passage fondée sur cette présentation de la situation qu'il juge trompeuse.
Le contexte plus large : une pression économique américaine renforcée
Ces discussions sur le détroit interviennent alors que Washington vient de durcir son dispositif de sanctions contre l'Iran. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a averti que les pays qui n'apporteraient pas leur soutien à la campagne de pression économique américaine « partageraient l'isolement » réservé à l'Iran — une déclaration qui a suscité, la veille, la mise en garde de la Chine, premier partenaire commercial de Téhéran, affirmant qu'elle prendrait toutes les mesures nécessaires pour protéger ses propres intérêts économiques.
Sur le plan politique, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, de son côté, publiquement écarté toute perspective d'accord diplomatique avec les dirigeants iraniens actuels, employant des termes très critiques à leur égard lors d'un événement organisé la veille, tout en saluant la nouvelle campagne de pression économique engagée par Donald Trump. Cette prise de position illustre la ligne dure adoptée par certains acteurs du conflit, en contraste avec les discussions techniques en cours entre Téhéran et Mascate.
L'ampleur de la paralysie du trafic maritime
Sur le plan strictement maritime, la situation reste, à ce jour, très éloignée de la normale. Avant le déclenchement du conflit le 28 février 2026, entre 130 et 140 navires empruntaient chaque jour le détroit d'Ormuz, un passage large de seulement 34 kilomètres à son point le plus étroit, séparé en deux voies de navigation à sens unique. Ce corridor assurait avant-guerre le transit d'environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit environ un cinquième du commerce maritime mondial de pétrole, en provenance principalement de l'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l'Irak et du Qatar. Selon des données récentes, le trafic maritime dans le Golfe reste aujourd'hui inférieur à sa moyenne des dix derniers jours, illustrant la persistance d'une paralysie presque totale de cette voie maritime stratégique, près de six mois après le début de la guerre.
Les conséquences internes pour la population iranienne
Cette crise prolongée pèse également, de plus en plus lourdement, sur le quotidien de la population iranienne. À Téhéran, de longues files d'attente se sont formées devant les stations-service après l'annonce, par les autorités, d'une révision des quotas de carburant. L'Iran était déjà confronté, avant même le déclenchement de la guerre, à une inflation extrêmement élevée, un facteur qui avait alimenté un mouvement de contestation antigouvernemental ayant atteint son point culminant en janvier 2026. La prolongation du conflit et la fermeture persistante du détroit continuent ainsi d'aggraver une situation économique intérieure déjà fragile avant même le début des hostilités.
Et maintenant ?
À ce stade, l'écart demeure important entre les avancées techniques constatées dans les discussions entre l'Iran et Oman sur un corridor temporaire, et les conditions politiques beaucoup plus larges posées par Téhéran pour une réouverture effective du détroit. La question de savoir si l'annonce prochaine d'un corridor temporaire, espérée par le ministre omanais des Affaires étrangères, pourra se concrétiser sans qu'un accord politique plus large soit trouvé entre Washington et Téhéran, reste, à ce jour, sans réponse certaine.
Fonte: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
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