Massacre à Kenscoff : au moins 30 morts, jusqu'à 40 selon les organisations de défense des droits humains.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
PORT-AU-PRINCE — 24 août 2026
Une attaque armée d'une extrême violence a frappé, dans la nuit de dimanche à lundi, la commune de Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince. Selon le maire de la localité, Jean Massillon, au moins trente personnes ont été tuées ; l'organisation haytienne de défense des droits humains RNDDH évoque, pour sa part, un bilan pouvant atteindre quarante morts, tout en précisant qu'un décompte définitif reste, à ce stade, extrêmement difficile à établir. Cette nouvelle tragédie survient moins d'une semaine avant le premier tour des élections générales prévu le 30 août, et relance les interrogations sur la capacité de l'État haïtien à protéger sa population face aux gangs armés.
Ce que l'on sait de l'attaque
Selon les informations recueillies par plusieurs agences de presse internationales, l'attaque a débuté aux alentours de 22h30, heure locale, dimanche soir. Des hommes armés ont fait irruption dans cette commune agricole autrefois paisible, nichée dans les collines surplombant la capitale haytienne, incendiant des habitations et tuant des résidents. Les localités de Belot et de Godet, deux des zones les plus densément peuplées de cette municipalité montagneuse, ont été particulièrement touchées : huit membres d'une seule et même famille y auraient été tués, selon des informations relayées par la presse locale.
Les assaillants se seraient également pris à une église ainsi qu'à plusieurs habitations, dont celle du docteur Jean William Pape, une figure reconnue de la santé publique haytienne, selon les précisions apportées par le maire de Kenscoff. À ce stade, les autorités locales elles-mêmes reconnaissent qu'il demeure impossible d'établir un bilan définitif, en raison des difficultés d'accès à certaines zones de la commune et des problèmes de communication qui perdurent sur place.
Une coalition de gangs déjà connue pour ses attaques répétées dans la région
Le maire Jean Massillon a attribué cette attaque à la coalition criminelle Viv Ansanm, un regroupement de gangs armés désigné comme organisation terroriste étrangère par les États-Unis. Cette coalition contrôlerait aujourd'hui environ 70 % du territoire de Port-au-Prince, selon des estimations récentes.
Kenscoff n'en est pas à sa première épreuve. Cette commune des hauteurs de la capitale est devenue, au fil des deux dernières années, l'un des théâtres récurrents des violences de gangs en Hayti. En janvier 2025, une précédente attaque de grande ampleur y avait fait plus de 150 morts selon certaines organisations de défense des droits humains, un épisode qui avait suscité de vives critiques sur la lenteur de la réponse policière. Depuis, la commune a continué de subir des incursions répétées : des affrontements en février 2025 autour d'un site de télécommunications stratégique, de nouvelles attaques en avril 2025 ayant coûté la vie à plusieurs militaires et civils, puis une nouvelle vague de violences en juillet 2026, avant l'attaque du 7 août 2026 au cours de laquelle des gangs opérant depuis le quartier de Village-de-Dieu avaient blessé plusieurs policiers et incendié un véhicule blindé de la Police nationale.
La réponse des autorités
Face à cette nouvelle tragédie, le cabinet du Premier ministre haytien a dénoncé, lundi après-midi, une attaque qu'il a qualifiée d'« odieuse », précisant que l'ensemble des forces de sécurité du pays avait été placé en état d'alerte maximale et que des renforts étaient en cours de déploiement vers la commune. Le gouvernement a affirmé sa détermination à ne pas abandonner Kenscoff à son sort.
La Police nationale d'Hayti (PNH), dirigée par son commandant en chef André Jonas Vladimir Paraison, est engagée depuis plusieurs mois dans une lutte quotidienne contre les gangs aux côtés des Forces armées d'Hayti et de la force internationale de répression des gangs mandatée par les Nations unies. Le dirigeant de la police haytienne s'est, par le passé, rendu à plusieurs reprises sur le terrain à la suite d'incidents violents impliquant ses agents, une pratique qui a contribué à façonner son image de commandant directement impliqué aux côtés de ses troupes. Au moment de la publication de cet article, les détails précis d'une éventuelle visite de responsables de la PNH ou du parquet sur le site même de l'attaque de Kenscoff n'ont pas pu être confirmés de façon indépendante.
Les enjeux : une attaque à quelques jours d'une échéance électorale majeure
Ce nouveau massacre intervient à un moment particulièrement sensible pour Hayti. Le pays doit organiser, le 30 août 2026, le premier tour de ses premières élections générales depuis près d'une décennie, un scrutin dont la tenue reste conditionnée, selon les autorités électorales elles-mêmes, au rétablissement d'un niveau de sécurité suffisant sur le territoire national.
Cette attaque illustre, à quelques jours de cette échéance, les limites persistantes du dispositif sécuritaire haytien, malgré le déploiement progressif de la force de répression des gangs mandatée par l'ONU et le renforcement des effectifs des Forces armées d'Hayti. Elle relance également les interrogations, déjà anciennes concernant Kenscoff, sur la capacité des autorités à anticiper ce type d'incursion, dans une commune qui a déjà fait l'objet de plusieurs alertes similaires au cours des deux dernières années.
Impact citoyen : une population une nouvelle fois déplacée
Au-delà du bilan humain immédiat, cette attaque s'inscrit dans un phénomène plus large de déplacement massif de population que connaît Hayti depuis plusieurs années. Les organisations de défense des droits humains font régulièrement état, dans cette région comme ailleurs dans le pays, de meurtres de masse, d'incendies volontaires, d'enlèvements et de viols, contraignant des milliers de familles à fuir leur domicile. Le nombre total de personnes déplacées à l'intérieur du pays, déjà estimé à plus de 1,4 million au niveau national, pourrait encore s'alourdir dans les prochains jours à mesure que les habitants de Kenscoff fuient les zones les plus exposées de la commune.
Et maintenant ?
À l'heure actuelle, aucun bilan définitif du nombre de victimes n'a pu être établi avec certitude, les autorités locales et les organisations de défense des droits humains évoquant des chiffres encore susceptibles d'évoluer dans les prochains jours. La capacité du gouvernement haytien à apporter une réponse concrète à Kenscoff, ainsi que l'impact de cette nouvelle flambée de violence sur le déroulement du scrutin prévu le 30 août, seront à suivre de très près dans les jours à venir.
Fonte: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
Sources et transparence
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