Mardi 23 juin 2026 — Montréal, Québec
Une fusillade d'une rare violence a frappé lundi le quartier de Côte-des-Neeges, à Montréal, faisant trois morts : un policier, un civil et l'auteur des tirs, abattu par les forces de l'ordre. Une policière a par ailleurs été grièvement blessée. Selon les autorités, le tireur aurait laissé derrière lui un manifeste associé à l'idéologie « incel », relançant l'inquiétude autour de cette mouvance haineuse.
Un important dispositif policier a été déployé dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, lundi 22 juin 2026, après le déclenchement d'une fusillade meurtrière.

Une matinée ordinaire transformée en scène de chaos
Tout a commencé peu avant midi, lundi, à l'angle de l'avenue Trans Island et de l'avenue de Courtrai, dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), un appel au 911 a été reçu à 11 h 35, signalé par un témoin ayant remarqué le canon d'une arme dépassant d'une fenêtre d'un hôtel du boulevard Décarie, le Hilton Garden Inn.
Les premiers policiers dépêchés sur place ont essuyé des tirs. « Des policiers répondent à l'appel, et se sont fait tirer dessus. Il y a eu un échange de coups de feu au niveau de la rue », a expliqué le directeur du SPVM, Fady Dagher, lors d'un point de presse organisé en fin d'après-midi. Peu après 12 h 30, une alerte d'urgence a été envoyée sur les téléphones cellulaires de tout le Québec, signalant la présence d'un « suspect armé et dangereux » dans le secteur, et appelant les résidents à se confiner, verrouiller leurs portes et s'éloigner des fenêtres.
Un bilan de trois morts et deux blessés
Au terme de l'intervention, le bilan s'est révélé tragique. Le SPVM a confirmé le décès d'un de ses agents, Mohamed Lamine Benredouane, 34 ans, en poste depuis 2021, ainsi que celui d'un civil, Michael Mizrahi, 68 ans, membre de la communauté juive de Montréal. Le tireur a, pour sa part, été abattu par les policiers lors de l'échange de tirs. Une policière a été grièvement blessée, mais ses jours ne sont plus en danger selon les autorités. Un second civil a par ailleurs subi des blessures légères.
Le SPVM a rendu hommage à l'agent tombé en service dans un communiqué : « Son décès est une grande perte pour notre organisation. Son sens du devoir, son dévouement et son professionnalisme resteront pour toujours dans nos mémoires. » Le directeur Dagher, visiblement ébranlé, a quant à lui résumé la situation en quelques mots : « C'est plus que terrible, c'est un drame et un cauchemar. »
Un événement rarissime à Montréal
Pour le chef du SPVM, cette tragédie revêt une dimension particulièrement douloureuse sur le plan personnel et institutionnel. Fady Dagher a expliqué s'être rendu à l'hôpital où il s'est entretenu avec le frère du policier abattu : « Quand j'ai vu son nom, j'ai dit : "Oh non, je le connais" », a-t-il confié, précisant se souvenir de cet agent comme étant « excellent », pour avoir travaillé avec lui sur le terrain à deux reprises.
Selon lui, il s'agit d'un événement exceptionnel dans l'histoire récente du corps policier montréalais : la dernière fois qu'un policier du SPVM est décédé en service remonte à 2002, soit près de 24 ans. « Ça fait 24 ans qu'on n'avait pas perdu de policier à Montréal », a-t-il rappelé, ajoutant : « C'est préoccupant de voir ces gestes-là en 2026. »
Une opération policière d'envergure
Au plus fort de l'intervention, au moins une centaine de policiers étaient déployés dans le secteur, appuyés par des véhicules blindés et un hélicoptère de la Sûreté du Québec. Outre les agents du SPVM, des policiers de Longueuil, de Laval, de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada ont également été mobilisés. La structure de gestion policière contre le terrorisme — qui réunit des agents municipaux, provinciaux et fédéraux — a aussi été activée, bien que la piste terroriste ait été formellement exclue par les autorités.
L'autoroute Décarie a été fermée entre le tunnel Notre-Dame-de-Grâce et le Vieux-Montréal, tandis que la station de métro Namur, sur la ligne orange, a été fermée pendant plusieurs heures. Par mesure de précaution, l'oratoire Saint-Joseph de Montréal, situé à proximité, a également été évacué et fermé au public. Le périmètre de sécurité a finalement été levé un peu plus de trois heures après le début des événements, les autorités annonçant que la « menace immédiate » avait été neutralisée.
Des policiers en intervention près du périmètre sécurisé, lundi, dans le secteur de Côte-des-Neiges à Montréal.

Des témoins marqués par l'angoisse
Plusieurs résidents et passants ont vécu des heures d'angoisse au cœur du quartier. Une jeune mère, rencontrée à l'extrémité du périmètre policier, a raconté avoir dû errer dans le quartier avec sa fillette tout l'après-midi, sa propre maison se trouvant à l'intérieur de la zone bouclée par la police. D'autres témoins, installés dans un café voisin de la scène, ont décrit avoir été temporairement « barricadés » à l'intérieur de l'établissement par mesure de sécurité, avant que les coups de feu ne cessent et que la situation ne se stabilise.
Un couple en provenance du New Hampshire, qui séjournait justement à l'hôtel où s'est déroulée la fusillade, a comparé ces instants à « un film qu'on ne veut pas voir ».
La piste d'une idéologie haineuse
Selon des informations rapportées par Radio-Canada, le tireur aurait laissé derrière lui un manifeste transmis au SPVM, dans lequel il exprimerait son adhésion à l'idéologie dite « incel » — contraction de l'anglais involuntary celibate (« célibataire involontaire »). Ce mouvement, associé à la mouvance masculiniste, repose sur une idéologie haineuse qui cible spécifiquement les femmes, qu'elle tient responsables de la solitude masculine et des maux de la société. Par souci de ne pas amplifier ce discours, Radio-Canada a fait le choix de ne diffuser aucun extrait de ce document, une retenue éditoriale que ce récapitulatif applique également.
L'arme utilisée par le tireur lors de la phase finale de son assaut serait, selon plusieurs sources, une carabine semi-automatique de type Simonov SKS, un modèle d'origine soviétique largement répandu au Canada depuis la fin de la Guerre froide, et dont l'interdiction reste, à ce jour, débattue par le gouvernement fédéral malgré sa conception initialement militaire.
L'émotion de la communauté juive montréalaise
La fusillade s'est déroulée dans un secteur de Côte-des-Neiges où se concentrent de nombreux commerces et restaurants fréquentés par la communauté juive de Montréal. Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a rendu hommage à la victime civile dans un message publié sur les réseaux sociaux : « Le CIJA pleure la perte tragique de Michael Moshe Mizrahi, un membre bien-aimé de la communauté juive de Montréal, victime innocente des événements d'aujourd'hui. Nos pensées et nos plus sincères condoléances accompagnent sa famille, ses amis et ses proches dans cette épreuve d'une douleur inimaginable. »
Les autorités n'ont, à ce stade, pas précisé si la victime civile avait été spécifiquement visée en raison de son appartenance religieuse, ni établi de mobile clair pour l'ensemble de l'attaque.
Les réactions politiques
Le Premier ministre canadien Mark Carney a réagi sur le réseau social X, se disant « consterné d'apprendre qu'un policier et un civil ont été tués et que d'autres personnes ont été blessées » lors de cette fusillade, et adressant ses condoléances aux familles touchées.
Le ministre québécois de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, a confirmé que l'enquête sur les circonstances exactes de l'intervention policière — notamment sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant un policier accroupi à proximité d'un citoyen qui s'effondre ensuite au sol — serait confiée au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), conformément à la procédure habituelle lorsque des agents du SPVM sont impliqués dans un événement ayant causé la mort. Le ministre a refusé de confirmer ou d'infirmer les circonstances précises visibles sur ces images, préférant laisser le BEI « faire la lumière » sur l'ensemble des faits.
Une scène de crime au cœur d'un quartier marqué
Le directeur du SPVM s'est rendu à l'hôpital pour visiter la policière blessée, lui adressant un message de soutien : « Tiens bon, on est derrière toi. » Il a également tenu à saluer publiquement l'ensemble de ses troupes : « Je suis extrêmement fier d'eux. »
Au lendemain de cette tragédie, le quartier de Côte-des-Neiges, habituellement animé par ses nombreux commerces et sa vie de quartier dense, reste profondément marqué par les événements de lundi — une journée qui restera, selon les mots mêmes du chef de la police montréalaise, comme l'une des plus douloureuses de sa carrière à la tête du service.
