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Le chef de l'ONU se rend en Hayti, où une nouvelle « force de répression des gangs » sera déployée.

Par — Journaliste Makaya Enfo
Le chef de l'ONU se rend en Hayti, où une nouvelle « force de répression des gangs » sera déployée.

Le chef de l'ONU se rend en Hayti, où une nouvelle « force de répression des gangs » sera déployée

Mardi 16 juin 2026 — Port-au-Prince, Hayti

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a effectué mardi une visite d'une journée en Hayti, pays plongé depuis des années dans une spirale de violence des gangs qui a fait de la capitale, Port-au-Prince, l'une des villes les plus dangereuses du monde. Sa venue coïncide avec le déploiement des premiers contingents d'une toute nouvelle force internationale, plus robuste que la précédente mission, chargée de reprendre le contrôle de la ville aux mains des gangs armés.

Une visite de « solidarité totale »

C'était la première fois depuis juillet 2023 qu'un secrétaire général de l'ONU se rendait en personne à Port-au-Prince. António Guterres a qualifié sa venue de « visite totale de solidarité » envers une population haïtienne victime depuis des années de la brutalité des gangs armés qui contrôlent désormais une large part de la capitale et au-delà.

Le déplacement s'est effectué sous très haute sécurité. Traversant les rues de la ville à bord d'un véhicule blindé, le chef de l'ONU a pu mesurer directement l'ampleur de la crise qui frappe ce pays caribéen depuis plusieurs années, dans un contexte où l'autorité de l'État s'est largement effondrée face à l'emprise des groupes armés.


Un bilan humain effroyable

Les chiffres publiés par les Nations unies à l'occasion de cette visite donnent la mesure de la catastrophe humanitaire en cours. Depuis le début de l'année 2026, 2 300 personnes ont été tuées à travers tout le pays, et une centaine d'autres ont été enlevées. Au total, ce sont désormais environ 1,5 million de personnes qui se trouvent déplacées à l'intérieur du pays à cause de la brutalité des gangs — soit plus d'un Haytien sur dix qui a dû fuir son foyer.

Parmi les victimes récentes d'enlèvement figure James Boyard, directeur de cabinet du ministère de la Défense haytien, kidnappé la semaine dernière dans l'une des rares zones de la capitale jusque-là considérées comme relativement sûres — une illustration glaçante de l'extension continue du rayon d'action des gangs, capables désormais de frapper jusqu'au cœur de l'appareil sécuritaire de l'État.


« Je vous demande pardon » : la rencontre avec les femmes déplacées

Le moment le plus poignant de la visite s'est déroulé dans une ancienne école de Port-au-Prince, transformée en site d'accueil pour déplacés et baptisée « Colombie », qui héberge aujourd'hui plus de 1 250 personnes. António Guterres s'y est assis avec un groupe de femmes pour écouter leur témoignage.

L'une d'entre elles a raconté : « Je suis arrivée avec mes quatre enfants le 13 novembre 2024, j'ai tout perdu. » Sa voisine a décrit les conditions de vie extrêmes du camp : « Cinquante personnes par salle, dix familles, aucune intimité », évoquant également « la vermine et les punaises », et des enfants privés d'école depuis des mois, parfois des années.

Face à ces récits, recueillis dans une salle où la chaleur sous les toits de tôle devient suffocante, le secrétaire général de l'ONU a prononcé des mots rares dans la bouche d'un haut responsable international : « Je vous demande pardon de n'avoir pas été capable de mobiliser la communauté internationale. » Il a ajouté : « Nous savons combien vous avez souffert, je suis ici essentiellement pour vous entendre. »


Des enfants déplacés par la violence des gangs en Hayti — plus de 300 000 mineurs ont dû fuir leur foyer, une hausse de 60 % par rapport à l'année précédente.


Un financement humanitaire dramatiquement insuffisant

Au-delà du symbole, cette visite a aussi été l'occasion pour Guterres de pointer une réalité matérielle alarmante. Le plan d'aide humanitaire des Nations unies pour 2026, dont le besoin est chiffré à 880 millions de dollars, n'est aujourd'hui financé qu'à moins d'un quart de son objectif. Une situation que le chef de l'ONU a qualifiée de « malheureuse », alors même que la saison des ouragans dans la région des Caraïbes vient tout juste de débuter — une période qui aggrave systématiquement chaque année la vulnérabilité des populations déplacées, souvent hébergées dans des structures de fortune sans réelle protection face aux intempéries.


La nouvelle Force de répression des gangs : un changement de doctrine

Le second temps fort de la visite a été consacré au camp Vertières, base militaire de l'est de Port-au-Prince qui accueille désormais le quartier général de la toute nouvelle Force de répression des gangs (FRG).

Cette force constitue un changement de paradigme dans la réponse internationale à la crise haytienne. Le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en septembre dernier de remplacer la Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS), dirigée jusque-là par le Kenya, mais largement critiquée pour son sous-équipement chronique et son incapacité à inverser le rapport de force avec les gangs.

La FRG se distingue fondamentalement de son prédécesseur sur un point essentiel : alors que la MMAS reposait exclusivement sur des effectifs de police, la nouvelle force pourra compter jusqu'à 5 500 personnels en uniforme, mêlant à la fois des policiers et, pour la première fois, des militaires. Une montée en puissance capacitaire pensée pour faire face à des gangs aujourd'hui lourdement armés, parfois mieux équipés que les forces de l'ordre haytiennes elles-mêmes.


Le secrétaire général de l'ONU s'entretient avec des soldats tchadiens de la force multinationale stationnée à Port-au-Prince, le 16 juin 2026.


Une revue de troupes et une rencontre avec le nouveau commandant

Sur la base de Vertières, Guterres a procédé à une revue des troupes tchadiennes, qui constituent l'un des contingents pionniers de cette nouvelle force. Il a visité les quartiers militaires aux lits superposés où logent les soldats déployés, avant de rencontrer le général Erdenebat Batsuuri, qui a récemment pris ses fonctions de commandant de la FRG.

À l'issue de cette visite, le chef de l'ONU a livré une déclaration mesurée mais porteuse d'espoir : « Son déploiement offre une véritable occasion de réduire la violence et de rétablir l'autorité de l'État. » Avant d'ajouter, dans une formule qui résume l'enjeu de cette nouvelle tentative internationale : « Nous n'avons pas le droit de gâcher cette chance. »


Au-delà du sécuritaire : désarmement et réintégration

Conscient que la seule réponse militaire ne suffira pas à résoudre une crise aussi profondément enracinée, Guterres a pris soin d'élargir le cadre de la discussion. Il a insisté sur la nécessité d'une approche qui dépasse le seul volet sécuritaire : « Il faudra désarmer, démanteler et réintégrer les membres des gangs, sous conduite haytienne. »

Cette formule renvoie aux processus classiques de DDR (désarmement, démobilisation et réintégration) déjà appliqués dans d'autres contextes de conflits internes à travers le monde, mais qui imposent ici un défi particulier : la fragmentation extrême du paysage des gangs haytiens, regroupés en de multiples factions rivales, rend toute négociation collective particulièrement complexe. Le secrétaire général a par ailleurs souligné que la sécurité devait nécessairement s'accompagner de véritables « avancées politiques » — une allusion à la fragilité persistante des institutions de transition haytiennes.


Un quartier général aux portes d'une rue toujours animée

Un détail rapporté par les services d'information de l'ONU illustre la coexistence troublante, à Port-au-Prince, entre la vie quotidienne qui persiste et la guerre urbaine qui ravage la ville. Sur le boulevard du 15 Octobre, à l'est de la capitale, les « tap-tap » — ces taxis collectifs aux couleurs vives, emblématiques du paysage urbain haytien — continuent de circuler entre les étals de fruits et les échoppes de fortune, dans une artère animée où la foule des passants se presse comme dans n'importe quelle grande ville.

C'est à quelques rues seulement de cette scène, en apparence ordinaire, que la Force de répression des gangs a installé son quartier général. Un contraste saisissant qui dit beaucoup de la réalité haytienne actuelle : une vie civile qui s'efforce de continuer, coincée entre les poches de territoire encore tenues par l'État et celles, toujours plus nombreuses, tombées sous le contrôle des groupes armés.


Le marché et la rue à Port-au-Prince — la vie quotidienne continue dans certains quartiers de la capitale, malgré l'emprise grandissante des gangs sur la ville.


Une crise qui dure depuis des années, sans solution durable

La situation haytienne ne date pas d'hier. Depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, le pays est plongé dans un vide institutionnel chronique que les gangs ont méthodiquement exploité pour étendre leur emprise territoriale, jusqu'à contrôler aujourd'hui une très large part de Port-au-Prince et ses environs.

Les tentatives internationales successives — d'abord la MMAS dirigée par le Kenya, désormais la FRG renforcée — témoignent d'une prise de conscience progressive de la communauté internationale, mais aussi de la difficulté extrême à transformer des engagements diplomatiques en résultats tangibles sur le terrain. Les chiffres énoncés par Guterres lui-même — plus de 2 000 morts depuis le début de l'année, 1,5 million de déplacés, un financement humanitaire en berne — disent assez clairement que la situation, loin de s'améliorer, continue de se détériorer.


L'espoir fragile d'un tournant

La visite de mardi a clairement été conçue comme un acte symbolique fort : présence physique du plus haut responsable des Nations unies sur le terrain, reconnaissance publique des manquements passés de la communauté internationale, et mise en lumière du déploiement d'une force jugée enfin à la hauteur de la menace.

Mais les mots de Guterres lui-même — « nous n'avons pas le droit de gâcher cette chance » — révèlent la conscience aiguë qu'ont les Nations unies de la fragilité de ce nouveau pari. Après l'échec relatif de la MMAS, la Force de répression des gangs représente une dernière carte majeure jouée par la communauté internationale pour tenter de reprendre pied à Port-au-Prince. Son succès ou son échec déterminera, dans les mois à venir, si Hayti peut encore espérer un retour de l'autorité de l'État — ou si le pays continuera de s'enfoncer dans une spirale de violence et de déplacements de masse qui n'a, à ce jour, montré aucun signe d'essoufflement.

FONTE: Makaya enfo

Auteur

Louis Djamy — Journaliste Makaya Enfo

Rédaction Makaya Enfo.

Sources et transparence

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  • Article publié sous la responsabilité éditoriale de Makaya Enfo, avec vérification humaine avant publication.
  • Corrections: hayti@makayaenfo.com