Énergie verte en Hayti : ce que propose Huawei au ministère des Travaux publics.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
PORT-AU-PRINCE — 27 août 2026
Le ministre haytien des Travaux publics, l'ingénieur Joseph Almathe Pierre Louis, a reçu mercredi 26 août 2026 une délégation de cadres régionaux et d'experts techniques du géant technologique chinois Huawei. Cet échange, présenté comme s'inscrivant dans les initiatives visant à moderniser les infrastructures nationales et à accélérer la transition énergétique du pays, illustre l'intérêt croissant des grands groupes technologiques internationaux pour le marché énergétique haytien, dans un contexte où l'accès à l'électricité reste, pour une large partie de la population, extrêmement précaire.
Ce que Huawei a présenté à la délégation ministérielle
Lors de cette rencontre, les représentants de Huawei ont exposé les avancées récentes et la vision globale de leur division spécialisée, Huawei Digital Power. Leurs présentations ont mis en avant le rôle que l'entreprise entend jouer dans le développement des technologies vertes et la trajectoire mondiale vers la neutralité carbone, ainsi que le déploiement de solutions photovoltaïques intelligentes couplées à des systèmes de stockage par batterie, une technologie que l'entreprise désigne sous le nom de « Grid-Forming ESS », ou micro-réseaux autonomes.
La délégation a également partagé des données sur l'impact mondial et régional de ce qu'elle appelle ses technologies « 4T » — Bit, Watt, Heat, Battery — présentées comme permettant d'alimenter aussi bien des réseaux urbains et industriels que des zones rurales et isolées, difficilement accessibles aux infrastructures énergétiques classiques.
Les pistes de partenariat évoquées
Les échanges entre le ministre Pierre Louis et les responsables de Huawei se sont ensuite concentrés sur les opportunités concrètes de partenariat. Deux axes ont été particulièrement mis en avant : le potentiel des micro-réseaux solaires intelligents pour renforcer la résilience du réseau électrique national haytien, et l'intérêt d'adopter des plateformes de gestion énergétique avancées, désignées sous le nom de DigiPower Management, destinées à optimiser la consommation d'électricité et à réduire l'empreinte carbone du secteur.
À l'issue de la réunion, le ministre des Travaux publics a salué les innovations présentées par l'entreprise chinoise et réaffirmé la volonté de son ministère et du gouvernement haytien de promouvoir des technologies durables, adaptées aux réalités locales, pour répondre aux défis énergétiques du pays. Selon le compte-rendu officiel de cette rencontre, elle pose les bases d'échanges plus approfondis, en vue de formaliser des projets pilotes concrets.
Pourquoi ce dossier est important : un secteur électrique haytien en grande difficulté
Pour comprendre l'importance de cette démarche, il faut rappeler l'état du secteur électrique haytien. Le Plan national de développement du secteur de l'énergie, élaboré par le ministère des Travaux publics, fixe comme objectif minimal d'assurer un service électrique d'au moins douze heures par jour à Port-au-Prince et dans le reste du pays — un objectif qui illustre, en creux, l'ampleur du déficit actuel d'accès à l'électricité pour une grande partie de la population haïtienne, notamment desservie par l'opérateur public Électricité d'Hayti (EDH).
Ce contexte de rareté énergétique explique l'intérêt croissant porté par les autorités haytiennes aux solutions décentralisées, comme les micro-réseaux solaires proposés par Huawei. Ce type de technologie présente un avantage particulier dans le contexte haytien actuel, marqué par une crise sécuritaire qui complique le fonctionnement et l'entretien des infrastructures énergétiques centralisées : un réseau composé de plusieurs micro-réseaux autonomes, capables de fonctionner de manière indépendante les uns des autres, est potentiellement plus résilient face aux perturbations locales que ne l'est un réseau électrique national unique et centralisé.
Une démarche qui s'inscrit dans une dynamique plus large
Cette rencontre avec Huawei ne constitue pas une initiative isolée. Elle s'ajoute à plusieurs autres démarches engagées ces derniers mois par les autorités haytiennes et des acteurs privés du secteur énergétique. En juin 2026, la compagnie E-Power avait déjà présenté au même ministère un projet d'hybridation solaire de sa centrale thermique Michel Arthur Volel à Port-au-Prince, visant à intégrer l'énergie photovoltaïque à sa production existante afin de réduire sa consommation de combustibles fossiles. Le même mois, à l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement, le Premier ministre haytien avait présenté les métiers verts comme un levier de développement économique pour le pays, annonçant à cette occasion une exonération fiscale sur les batteries et les panneaux solaires importés.
Les enjeux stratégiques : la place des technologies chinoises dans les infrastructures critiques
Sur un plan plus large, l'intérêt de Huawei pour le marché énergétique haytien s'inscrit dans une stratégie mondiale plus vaste de l'entreprise chinoise, qui a fait de sa division Digital Power l'un des piliers de son expansion internationale dans les technologies vertes, en particulier dans les pays où les infrastructures électriques centralisées restent insuffisantes ou peu fiables. Cette présence sur le marché haytien illustre également une tendance plus générale observée dans plusieurs pays d'Amérique latine et des Caraïbes, où des entreprises technologiques chinoises se positionnent activement sur les segments des infrastructures énergétiques, numériques et de télécommunications, dans un contexte de compétition internationale croissante autour de l'implantation de technologies stratégiques dans les pays en développement.
Pour Hayti, l'enjeu ne se limite donc pas à la seule question technique de la production d'électricité : il touche aussi à des questions plus larges de choix technologiques et de partenariats internationaux dans un secteur considéré comme stratégique pour le développement économique du pays, à un moment où les autorités haytiennes cherchent, plus généralement, à moderniser des infrastructures nationales durement affectées par des années de crise sécuritaire et institutionnelle.
Et maintenant ?
Selon les termes mêmes du compte-rendu de cette rencontre, cet échange ne constitue qu'une étape préliminaire, destinée à ouvrir la voie à des discussions plus approfondies en vue de la formalisation de projets pilotes concrets. Aucun calendrier précis n'a été communiqué à ce stade quant à la mise en œuvre effective de ces projets, ni quant à leur financement. La suite de ces discussions entre le ministère des Travaux publics et Huawei sera à suivre dans les prochains mois, dans un contexte où la modernisation du secteur énergétique haytien reste étroitement liée à l'évolution plus générale de la situation sécuritaire et institutionnelle du pays.
FONTE: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
Sources et transparence
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