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Corée : Lee Jae-myung propose de mettre fin, 73 ans après, à une guerre toujours techniquement en cours.

Par — Chroniqueur Makaya Enfo
Corée : Lee Jae-myung propose de mettre fin, 73 ans après, à une guerre toujours techniquement en cours.

SÉOUL — 15 août 2026

À l'occasion du 81e anniversaire de la libération de la colonisation japonaise, le président sud-coréen Lee Jae-myung a proposé, samedi, l'ouverture de discussions avec Pyongyang pour mettre formellement fin à la guerre de Corée. Un conflit qui, faute de traité de paix, reste techniquement en cours depuis plus de soixante-dix ans, en dépit d'un armistice signé en 1953. Cette offre s'inscrit dans une stratégie d'apaisement engagée par le président depuis son arrivée au pouvoir, mais se heurte, comme les précédentes, au rejet systématique affiché jusqu'ici par la Corée du Nord.

Une guerre jamais officiellement terminée

Pour comprendre la portée de cette proposition, il faut revenir à un fait juridique méconnu : la guerre de Corée, déclenchée en 1950 par une attaque du Nord contre le Sud, ne s'est jamais officiellement achevée. Les combats ont certes cessé en 1953, mais uniquement par la signature d'un armistice — un simple cessez-le-feu militaire — et non d'un traité de paix. Sur le plan strictement juridique, les deux Corées, ainsi que les autres parties impliquées dans le conflit à l'époque, demeurent donc en état de guerre depuis plus de sept décennies.

C'est cette anomalie historique que le président Lee Jae-myung a choisi de mettre en avant samedi, dans un discours prononcé à l'occasion de la commémoration de la libération de la colonisation japonaise (1910-1945), une date hautement symbolique dans le calendrier politique sud-coréen. Il a appelé les deux camps à mettre de côté toute intention de menace mutuelle et à engager, en tant que parties directement concernées, des discussions pour mettre fin à ce conflit prolongé.

Le contenu de la proposition présidentielle

Selon les déclarations rapportées par plusieurs agences de presse, Lee Jae-myung a affirmé que la Corée du Sud rechercherait des garanties destinées à prévenir tout nouveau conflit, et a insisté sur la nécessité de remplacer l'armistice actuel par ce qu'il a désigné comme un « régime de paix ». Il a également suggéré que les deux Corées organisent une rencontre directe autour de la question de la coexistence pacifique.

Le président a par ailleurs relié cette proposition à un autre dossier sensible : celui du programme nucléaire nord-coréen. Selon lui, l'ouverture de ces discussions pourrait permettre d'aborder, en parallèle, des mesures concrètes pour freiner le développement des capacités nucléaires de Pyongyang — un sujet sur lequel il avait déjà, par le passé, proposé des pourparlers sans conditions préalables.

Une ligne de conduite engagée dès son arrivée au pouvoir

Cette offre de dialogue ne constitue pas une initiative isolée. Elle prolonge une orientation affichée par Lee Jae-myung dès son investiture, le 4 juin 2025. Le nouveau président, issu du Parti démocrate, une formation classée à gauche de l'échiquier politique sud-coréen, avait alors pris ses fonctions dans un contexte particulièrement tendu : son prédécesseur, Yoon Suk-yeol, avait été destitué après avoir brièvement instauré la loi martiale en décembre 2024, invoquant la menace de forces « anti-étatiques » et le risque d'infiltration nord-coréenne. Dès son premier discours en tant que président, Lee Jae-myung s'était engagé à « guérir les blessures » du pays et à rouvrir le dialogue avec la Corée du Nord, marquant une rupture assumée avec la ligne plus dure adoptée par son prédécesseur conservateur.

Depuis, le président sud-coréen a multiplié les déplacements diplomatiques, notamment en Chine où il s'est entretenu avec le président Xi Jinping, ainsi qu'au Japon en janvier 2026, où il a rencontré la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Sur le plan intérieur, sa présidence bénéficie, selon les sondages d'opinion publiés au printemps 2026, d'un niveau d'approbation relativement élevé, généralement situé entre 55 % et 61 % selon les instituts.

Le mur du refus nord-coréen

Jusqu'à présent, cependant, les différentes offres de dialogue formulées par Lee Jae-myung se sont systématiquement heurtées au refus de Pyongyang. La Corée du Nord a réaffirmé à plusieurs reprises le caractère selon elle « irréversible » de son statut d'État doté de l'arme nucléaire, une position qui rend d'autant plus délicate toute négociation centrée, même en partie, sur la question du désarmement nucléaire.

Le climat s'est par ailleurs tendu ces derniers jours autour d'un autre dossier : les exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et les États-Unis, prévus pour le mois d'août. Pyongyang a dénoncé cette manœuvre annuelle et menacé, cette semaine encore, de porter ses mesures de dissuasion à un « nouveau niveau » — une formule qui laisse planer l'incertitude sur la nature des mesures envisagées par le régime nord-coréen en réponse à ces exercices.

Les enjeux stratégiques d'un éventuel traité de paix

Sur le plan stratégique, la proposition de Lee Jae-myung touche à des questions qui dépassent le strict cadre bilatéral entre les deux Corées. Un armistice, par nature provisoire, maintient en place un dispositif militaire particulier sur la péninsule, notamment le Commandement des Nations unies établi en 1950, qui supervise le respect de l'accord de cessez-le-feu, ainsi qu'une présence militaire américaine en Corée du Sud dont le statut juridique reste directement lié à ce cadre d'armistice. La transformation de cet armistice en un traité de paix formel soulèverait ainsi des questions structurelles importantes, tant sur l'avenir de ces dispositifs que sur l'équilibre sécuritaire plus large de la région Asie-Pacifique, où la Chine et les États-Unis suivent de près toute évolution du statu quo coréen.

C'est précisément cette complexité qui explique pourquoi, malgré plusieurs tentatives historiques de rapprochement entre les deux Corées depuis les années 1990 — sommets intercoréens, projets économiques communs, rencontres au sommet entre dirigeants —, aucune de ces initiatives n'est, à ce jour, parvenue à déboucher sur un traité de paix définitif. La question du nucléaire nord-coréen, en particulier, s'est imposée au fil des deux dernières décennies comme un obstacle central, dans la mesure où elle touche directement à la sécurité des pays voisins et à l'équilibre des forces dans l'ensemble de la région.

Et maintenant ?

À ce stade, aucune réponse officielle de Pyongyang à cette nouvelle proposition n'a été rapportée. L'antécédent des précédentes offres de dialogue, restées sans suite côté nord-coréen, invite à la prudence quant aux chances d'aboutir rapidement à des discussions concrètes. La tenue des exercices militaires conjoints entre Séoul et Washington plus tard ce mois-ci, ainsi que la réaction qu'y opposera la Corée du Nord, constitueront un premier indicateur de la marge de manœuvre réelle dont dispose le président sud-coréen pour transformer cette proposition symbolique en un processus diplomatique effectif.

Fonte: Makaya enfo

Auteur

Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo

Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.

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