Quatre jours après l'explosion qui a secoué la Principauté, Interpol a diffusé ce vendredi une « notice rouge » visant Anastasiia Berezovska, une Ukrainienne recherchée depuis qu'une bombe a explosé dans le hall d'entrée d'un des immeubles les plus chics de Monaco. Une traque européenne est désormais lancée pour retrouver cette femme de 39 ans.

Le déroulement de l'attentat
Les faits remontent à lundi soir. Selon le parquet monégasque, un suspect a déposé un sac ou un colis dans le hall d'un immeuble résidentiel avant de quitter les lieux. Le procureur adjoint Morgan Raymond a précisé que la personne s'est retournée pour vérifier que les trois victimes étaient bien présentes, avant de déclencher l'explosion à distance à l'aide d'une télécommande, après avoir effectué plusieurs missions de repérage dans les jours précédant l'attaque.
Fait notable : les enquêteurs pensent que la suspecte n'a pas agi seule. La relative sophistication de l'engin explosif et le mode opératoire suggèrent que la personne qui a posé le dispositif n'était pas isolée. Deux hommes ont d'ailleurs été arrêtés à Monaco avant d'être relâchés faute de preuves. Les débris de la bombe sont actuellement analysés en France.Une famille délibérément visée
Les autorités monégasques restent prudentes sur l'identité des victimes : elles confirment seulement qu'il s'agit d'une famille d'origine ukrainienne qui semble avoir été spécifiquement visée. Plusieurs médias, dont CNN, CBC, avancent cependant un nom : celui de Vadym Yermolaiev (parfois orthographié Ermolaev), un résident monégasque de 58 ans, homme d'affaires originaire d'Ukraine et considéré comme l'une des plus grosses fortunes du pays, ayant depuis acquis la nationalité chypriote. Selon Al Jazeera, il aurait renoncé à sa citoyenneté ukrainienne il y a près d'une décennie et aurait été visé par des sanctions ukrainiennes en 2023 en raison de liens supposés avec la Russie

Qui est Anastasiia Berezovska ?
La suspecte, 39 ans, résidait en dernier lieu en Allemagne, près de Francfort. Le signalement diffusé la décrit comme une femme aux cheveux foncés, parlant allemand et portant un tatouage — possiblement un serpent — courant de l'épaule au coude sur le bras droit.
L'un des éléments les plus frappants de l'enquête concerne son déguisement : les premiers témoignages décrivaient un homme de forte carrure, vêtu d'un haut sombre à manches longues, d'un short clair et d'un bob noir. Ce n'est qu'en réexaminant plus largement les images de vidéosurveillance des jours précédents, croisées avec le témoignage d'un riverain, que les enquêteurs ont compris qu'il s'agissait en réalité d'une femme grimée en homme. Les photos publiées dans la notice rouge la montrent vêtue d'un simple t-shirt blanc à rayures sombres, tenant dans sa main gauche ce qui ressemble à un appareil électronique relié à un câble.
La traque après l'explosion
Après l'attaque, la suspecte se serait rendue en France, puis aurait pris la route vers l'Italie au volant d'une voiture de location immatriculée en Allemagne, avant de traverser plusieurs pays européens pour regagner son pays de résidence. Jeudi, la police criminelle allemande, appuyée par des unités spécialisées, a perquisitionné l'appartement qu'elle louait dans le district du Main-Taunus, près de Francfort. Des éléments de preuve y ont été saisis et transmis aux autorités monégasques. Selon la police allemande, la femme recherchée est actuellement en fuite.
Eric Arella, directeur de la sécurité publique de Monaco, a salué une identification obtenue en seulement 53 heures, fruit d'une mobilisation exceptionnelle de ses services et d'une coopération jugée exemplaire avec les pays voisins, en particulier la France.
La notice rouge d'Interpol : ce qu'elle signifie concrètement
Anastasiia Berezovska est recherchée pour tentative d'assassinats, dépôt d'un engin explosif dans une intention criminelle sur la voie publique, et association de malfaiteurs. Il est utile de rappeler ce qu'est réellement une notice rouge : il ne s'agit pas d'un mandat d'arrêt international, mais d'une demande adressée aux polices du monde entier pour localiser une personne et procéder à son arrestation provisoire, dans l'attente d'une procédure d'extradition.
Réactions et zones d'ombre
Le prince Albert II a qualifié l'attentat d'« acte odieux » et annoncé la mobilisation de l'ensemble des services publics pour garantir la sécurité du territoire. L'événement a provoqué un choc particulier dans cette micro-principauté de 2 km², réputée pour son taux de sécurité exceptionnel — environ 550 policiers y patrouillent un territoire grand comme la moitié de Central Park.
Le mobile reste officiellement indéterminé. Certains observateurs rappellent que l'Ukraine est soupçonnée d'avoir mené, depuis le début de la guerre, des opérations ciblées contre des personnalités liées à la Russie — mais ces actions seraient restées jusqu'ici largement circonscrites aux territoires ukrainien et russe, et aucun lien officiel n'a été établi entre ces précédents et l'attentat de Monaco. Il convient aussi de rappeler qu'Anastasiia Berezovska demeure à ce stade une suspecte recherchée par la justice, et non une personne condamnée : l'enquête se poursuit, notamment pour déterminer si elle a agi seule ou pour le compte de tiers.
